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Titre du blog : Mario Bergeron, romancier du Québec
Auteur : Marioromans
Date de création : 01-01-2016
 
posté le 27-03-2019 à 00:46:32

Amour : Jeanne et Guillaume

 

 

Nous sommes au 17e siècle, dans cet épisode où le roi de France envoyait dans sa colonie d'Amérique des femmes délaissées, dans le seul but de contracter des mariages hâtifs afin de peupler le territoire. On les appelait 'Les filles du Roy,' Jeanne Aubert faisait partie du groupe et elle a certes contracté un mariage de raison avec le boulanger Guillaume, des Trois-Rivières.

Cependant, l'amour a grandi au fil des jours. Après le décès de l'homme, Jeanne refuse les propositions d'union, assurant qu'elle est toujours mariée avec Guillaume et qu'elle tiendra sa promesse de faire de leur enfant le futur boulanger de Trois-Rivières.

Les années passent et François est parti en appentissage à Lachine. Jeanne, dans sa solitude, pense toujours à Guillaume et lui parle.

Voici l'extrait, du roman Le Pain de Guilaume. J'ai toujours été fier de ce passage.

 

 

 

 

«Guillaume, mon ami, je me sens si seule. La tentative pour me rapprocher des autres filles du roi s’est avérée vaine. Elles ne portent plus en leur cœur cet épisode de leur jeunesse. Le présent a effacé leur passé. Je me sens si âgée, mon bon époux. Je sais que vous m’avez raconté qu’à mon âge, vous vous sentiez si désolé du départ de votre apprenti Louis Chevallier. Il était le François que vous désiriez et que Dieu m’a permis d’enfanter, un peu plus tard, pour que votre destinée s’accomplisse en ce lieu. Notre fils est maintenant parti et je me sens aussi seule et âgée que vous l’étiez. Je vous envie, Guillaume, car du paradis, si près du Tout-Puissant, vous pouvez voir notre François, tout là-bas, dans le village habité par Barbe, l’épouse de votre grand ami Gaspard. Vous le voyez apprendre à pétrir le pain auprès de ce maître inconnu. J’aimerais tant le regarder moi aussi! Je m’ennuie de mon amie Sacajawea. La vie était si agréable près d’elle. Maintenant, je suis seule et j’ai peur de tout. J’ai grande crainte de perdre la vue. Je sais qu’en cas de si mauvais sort, notre fils me rappellerait près de lui. Je serais alors loin des Trois-Rivières pour dire à tous que je suis la mère de leur futur boulanger, qu’il sera le successeur de Guillaume Tremblay, le premier boulanger de ce fort. Donnez-moi la force, par votre amour et vos prières, d’affronter tous ces sacrifices. Dites à Dieu de se montrer clément envers ma vue, afin que je puisse toujours voir mes dessins de votre visage, mon bel ami. Je veux que chacun sache que je suis votre éternelle épouse, que je suis la mère de François Tremblay, celui qui fera renaître le pain de Guillaume aux Trois-Rivières. Je vous aime toujours, mon ami. Vous me savez fidèle à toutes les promesses que je vous ai faites, avec le Divin comme témoin. J’espère que vous pensez que je suis encore la plus dévouée des épouses, celle que vous avez tant espérée pendant toutes ces années, celle qu’Atichasata l’Algonquin avait vue dans votre destinée comme la mère de votre successeur à la boulangerie de ce bourg.»