Mario Bergeron, romancier du Québec

posté le 04-12-2019 à 08:54:26

Tremblement de terre et amour

 

 

La moindre chose réelle de l'histoire peut servir un romancier. Il y a eu de nombreux tremblements de terre (Tremble-terre, disait-on) en Nouvelle-France vers le milieu du 17e siècle. Le phénomène, dans la culture populaire, avait été immédiatement accompagné par des croyances religieuses relatives à la présence du diable, d'autant plus que ceci avait provoqué des incendies. Mon héros Guillaume était un de ceux-là, mais pas tout à fait son jeune ami Gaspard, pour qui ces événements auront un dénouement heureux.

 

 

 

 

Pour que Gaspard rencontre le plus souvent Barbe, Guillaume organise plusieurs soirées. C’est au cœur de l’une d’entre elles que la terre se met à trembler avec tant de violence que les pots et ustensiles tombent de leurs tablettes. Les cris d’effroi de Barbe sont aussi perçants que ceux du boulanger. Dans un coin, un garçon est agenouillé et prie en pensant que la fin du monde vient d’arriver. Son voisin se dit prêt à retourner en France à la nage. Guillaume sort à toute vitesse de la maison, comme la plupart des habitants du bourg. Cette fuite l’empêche de constater que Gaspard a été le premier à se rendre auprès de Barbe pour la protéger, la rassurer et essuyer ses pleurs. Quand il rentre, Guillaume voit ces jeunes gens se tenir les mains. Le tocsin hurle quelques minutes plus tard, car une maison a pris feu. Sans aucun doute que ce tremble-terre a fait voler les tisons de l’âtre vers les rideaux ou la paille disposée le long des murs, pour protéger contre le froid. Tous se lancent vers les puits et font une chaîne impuissante face au brasier. Une autre chaîne encore plus vaine se forme entre la maison déchirée et le fleuve. Guillaume a souvent vu les flammes briser tant de cœurs. Il se demande par quel miracle sa maison, si exposée au feu du fournil, a pu éviter un tel triste sort. Les hommes combattent le sinistre et les prétendants de Barbe profitent de cette occasion pour tenter de devenir des héros, entrant dans la maison touchée pour en extirper des meubles ou de quelconques objets.

 

 

«Quel était ce phénomène, monsieur?

- J’espère qu’il ne s’agissait pas de la colère de Dieu. Je ne puis vous dire, Gaspard. C’est la première fois qu’une telle chose se produit. En avez-vous déjà entendu parler en France?

- Non. J’ai eu beaucoup de peur, mon ami, mais mon cœur a tremblé davantage quand j’ai pris les mains de la demoiselle Barbe.»

 

 

Guillaume sourit brièvement, hoche la tête de satisfaction devant l’aveu. Il se couche un peu craintif, alors que beaucoup de gens ont envahi l’église pour demander au Divin de ne plus exercer son courroux contre eux et de les protéger du diable. La terre qui tremble et le feu qui attaque immédiatement une maison ne peuvent que symboliser la conquête du malin. Beaucoup se souviennent de la mort de tous ces nourrissons après le passage de la queue de feu dans le ciel, sans oublier la colère des aurores boréales du précédent hiver. Qu’aurait dit Atichasata? Guillaume ne peut s’empêcher d’y penser. L’Algonquin savait tout de la nature de ce pays, mais les descendants des siens sont aussi terrés que les Français dans la petite église. Juste au moment où il pense à ceci, le sol bouge encore, mais de façon moins spectaculaire. Guillaume se précipite tout de suite hors de son lit pour courir rejoindre les fidèles. Gaspard se dirige vers la maison où habitent Barbe et ses parents.

 

Le phénomène se produit de nouveau au cours des semaines suivantes, si bien que les convictions religieuses de chacun se mêlent à des théories alarmistes sur le diable. Et si tout à coup cette colonie, où vivaient paisiblement les Sauvages, se vengeait du conquérant français qui déploie ses armées royales pour détruire les Agniers? Lors de la cinquième secousse, Gaspard est chez Barbe. Elle s’agenouille tout de suite, sa mère se cache le visage entre les mains et son père s’écrie: «Dieu! Aie pitié de nous!» Gaspard demeure de marbre, ne dit aucun mot, comme s’il défiait cette nature maintenant si coléreuse. Barbe regarde alors Gaspard et sait immédiatement que ce garçon devient le seul à épouser. Pressé d’annoncer cette grande nouvelle à Guillaume, Gaspard court dans les rues, ignore les habitants à genoux, les mains au ciel. Il entre dans la boulangerie en riant fort et voit son ami recroquevillé dans un coin, une couverture sur la tête.

 

 

«Je n’aime pas cela! Cette insistance est un grand présage! De terribles malheurs nous guettent, Gaspard!

- Non, maître Guillaume! C’est plutôt le bonheur! Je vais me marier!  Que la terre tremble ou non, je vais prendre épouse et assurer ma descendance! Sortez le vin, monsieur! Buvons à mon bonheur!»

 

 


 
 
posté le 28-11-2019 à 08:48:45

Amitié

 

 

Manon est un roman inspiré de mes visites hebdomadaires où ma mère a habité au cours des dernières années de sa vie. J'y voyais tant de choses étonnantes et me suis demandé ce qui se passera si un jour j'atteins son âge et habiterai une de ces maisons où l'on prend soin des gens âgés n'ayant plus d'autonomie.

 

Ceci me reporterait en 2044 et j'ai alors pensé que les vieux de ce temps futur ne seraient pas tout à fait comme ceux d'aujourd'hui. C'était l'idée de base qui mènerait à la création de ce roman : la dernière année de vie d'une ancienne femme d'affaires, âgée de 89 ans.

 

Les premiers temps, maman s'était liée d'amitié avec une dame Lafontaine, qui était à l'opposé de son caractère. Cette amitié inhabituelle m'a incité à créer le personnage de Sylvie, grande amie de ma Manon. Sur la photo, ma mère est à droite en compagnie de madame Lafontaine.

Madame Lafontaine aimait la lecture. Le jour où j'ai reçu mon roman Ce sera formidable, en 2009, je me suis pressé de me rendre là bas pour donner une copie à ma mère. J'ai aussi offert un exemplaire à madame Lafontaine, qui, à ma grande surprise, a éclaté en sanglots. Vous verrez que rien ne se perd...

 

 

 

 

 

Quel bel après-midi à chanter, à se raconter des souvenirs, à rire comme des gamines. Sylvie promet de venir plus souvent dans ma chambre, surtout que mon choix musical est plus vaste que le sien. Alexandre doit avoir plus de mille fichiers, chez lui. Patricia m’en apporte, parfois. Sylvie est de retour dans son lit après le souper, prétextant un peu de fatigue. Je la crois sur parole. Il y a à peine deux années, elle trottait partout, s’amusant à déceler les codes de la porte de sortie, pour le simple plaisir de les pousser, de cogner à la fenêtre de la cuisine pour lancer une grimace aux employées, tout en éclatant de rire.

Sa chambre ressemble à celle d’une adolescente, avec des photos de beaux hommes épinglées aux murs. Il y a une peinture abstraite qu’elle décrit comme « mon trip d’acide du 23 mai 1973. » Peu de peluches et une seule poupée, ce qui rend le lieu très différent de tous les autres. Je ne sais pas pourquoi les vieilles aiment tant les poupées. Il y a une petite bibliothèque. Je me souviendrai toujours de la première fois où Alexandre lui avait fait cadeau de son nouveau roman. Sylvie, touchée, avait éclaté en sanglots, pleurant comme une folle. Il y a beaucoup de livres de science-fiction et de suspense, dont elle juge la valeur au nombre de cadavres croisés après les cinquante premières pages. Sylvie lit moins qu’aux premiers jours de notre amitié, mais elle m’a raconté qu’au cours de sa jeunesse, c’était deux ou trois romans par semaine.

 

Tags: #amitié
 


Commentaires

 

1. chocoreve   le 28-11-2019 à 23:08:57

La situation des personnes âgées en structures en 2044 dis tu ? Bah c'est difficilement imaginable, quand on voit comment elles sont déjà laissées pour compte à l heure actuelle ! en France en tout cas ...
Comment se projeter même dans les rapports humains ?
Oups ! choco qui ne rêve plus !

2. Marioromans  le 28-11-2019 à 23:29:39  (site)

Cela dépend des endroits. Là où habitait ma mère, c'était très bien.

J'ai simplement fait de l'anticipation et ma société 2044 n'a plus rien à voir avec ka rectitude politique et le contrôle social par les politiciens,

Il y a douze chapitres, représentant chaque mois, avec des thèmes : l'amour, l'amitié, le travail, la musique, etc.

C'est une approche positive et j'ai évité les références à des maladies, à la misère.

3. ANAFLORE  le 29-11-2019 à 11:34:56  (site)

On peut y faire de belles rencontres

4. Marioromans  le 29-11-2019 à 18:32:19  (site)

Oui, beaucoup.

5. chocoreve   le 02-12-2019 à 16:20:36

J adore le concept des 12 chapitres, et suis curieuse de savoir à quel mois correspondra celui de la musique ? et le style ? ... bref ! ...

6. Marioromans  le 02-12-2019 à 19:26:44  (site)

Ill y a un extrait a propos de la musique :

http://marioromans.vefblog.net/1.html#Extrait__La_radio_et_les_Beatles

 
 
 
posté le 21-11-2019 à 04:43:24

Résumé : Le roi des cadeaux

 

 

LE ROI DES CADEAUX      

 

 

RÉSUMÉ :           

En 1930, le vétéran Alexandre Sylvio, gérant de salles de cinéma depuis les années 1910, arrive à Trois-Rivières, engagé par les propriétaires du Palace, une salle en difficultés. Sylvio a la réputation de remettre sur rails les lieux près de la faillite. Sur place, Sylvio rencontre son prédécesseur, le jeune Eddy Gélinas. Belle salle, mais située au cœur d’un quartier ouvrier touché par la crise économique. Quoi qu’il soit, Sylvio a ses trucs pour attirer le public : donner des cadeaux, avoir recours à de la publicité populiste et engager des bons comiques de vaudeville. Malgré ces initiatives, la situation semble de plus en plus difficile, à mesure que les mois passent et que le chômage grandit. Il se développe pourtant entre le public, les comédiens, Sylvio et Gélinas, un sentiment de survie et de profond attachement, qui ne pourra rien contre la situation : la salle sera vendue en 1932.  

 

 

CARACTÉRISTIQUES :            

Alexandre Sylvio, Eddy Gélinas et les comédiens sont tous de véritables personnes, en place au Palace au moment où j’en parle dans le roman.  De plus, l’histoire de la salle suit les événements qui se sont réellement déroulés à ce moment-là. Secret : ce texte est une version romancée d’un travail en histoire, réalisé pour mon université.            

Le roman est à la troisième personne et regorge de dialogues. Le langage de ces échanges est populiste, souvent joual, alors que les paragraphes descriptifs sont en français standard. Ce roman de 165 pages est avant tout une comédie.

Tags: #cinéma
 


Commentaires

 

1. ANAFLORE  le 22-11-2019 à 06:30:18  (site)

Ici aussi les vieilles salles de cinéma ont disparu
Bravo pour la photo du jour
Bon wk

2. Marioromans  le 22-11-2019 à 07:31:46  (site)

Ce Palace est devenu le Cinéma de Paris en 1932, cela jusqu'en 1988 ou 89, alors que tout ça est disparu dans un incendie. Rien n'a été reconstruit.

Sauf que le Palace a été un endroit très... particulier !

 
 
 
posté le 15-11-2019 à 07:34:02

Jeanne et Valentino

 

 

Nous sommes en 1921 et Jeanne Tremblay se rend à Montréal en compagnie d'une amie, grande admiratrice d'un nouveau comédien de cinéma : Rudolph Valentino. Le film qu'elles vont voir est The Four Horsemen Of The Apocalypse, dans lequel Valentino présente en Amérique du Nord un nouveau pas : le tango. Le public féminin n'a de regard que pour le bel acteur, mais Jeanne semble davantage intéressée par le tango. Un extrait de Perles et Chapelet.

 

 

Avant les images de Valentino, il y a le film sur les actualités, la chanteuse d’opérette, en plus d’un drame de l’Ouest. Personne ne regarde. Tout le monde continue à parler après avoir copieusement hué le début de chacun de ces spectacles. Je vais à l’entrée m’en griller une et parler avec un jeune placier.

 

 

« C’est comme ça tout le temps?

- Depuis un mois, mademoiselle.

- Elles sont folles! De vraies malades! Des fêlées! Il est bien, mais pas si beau que ça. Je suis venue pour la scène du tango. J’accompagne une amie.

- Vous l’aimerez. Il est aussi un excellent acteur.»

 

 

Voici enfin le bijou! Et le SI-LEN-CE... et BAAAAM! de faire l’orchestre! Quand le nom du bellâtre apparaît au générique, un frisson parcourt la salle. Le voilà! Elles crient! Les spectatrices crient! À chaque fois qu’on le voit, on entend un murmure. Quand la caméra le prend en gros plan, la folie s’empare de toutes. Lucie me griffe l’épaule en miaulant «oooh!», comme si cet homme de nitrate allait sortir de l’écran afin de venir jusqu’à elle et lui faire bisou.

 

C’est un film d’action. En fait, pas du tout une œuvre romantique. Le genre de film qu’habituellement les femmes ignorent. Et puis, il y a Wallace Beery dedans : ma tête de salaud favorite. Il paraît que le film dure deux heures. Je me lève, car j’ai envie de pipi, le goût d’en brûler une autre et chercher à voir clair dans toute cette histoire d’idole mâle. Je passe pour la pire des cinglées : me lever pendant que Valentino crève l’écran! Mon jeune placier de tantôt est avec un homme à l’air sérieux qui a entre les mains une petite valise, comme celles des médecins.

 

 

« Puis? Quoi de neuf?

- Vous... vous ne restez pas dans la salle, mademoiselle?

- Deux heures, c’est beaucoup trop long pour un film. C’est l’équivalent de deux films. C’est...»

 

 

Pas le temps de terminer la conversation qu’un autre placier lance de grands signes avec sa lampe de poche. Mon jeune et le vieux partent immédiatement vers la salle. Ils reviennent avec entre les pattes une fille évanouie. Le vieux sort les sels. Un médecin! Diable! Ils font venir un médecin à chaque représentation, car il y en a toujours une ou deux pour tomber dans les choux! Je retourne rapidement en dedans pour assister Lucie en cas d’une syncope. Je la retrouve le mouchoir à la main et le souffle haletant. À chaque plan rapproché, elle avance le bout du nez, les lèvres entrouvertes et les yeux humides. Cette image m’impressionne et me donne un goût incontrôlable de dessiner! Vite! Je rebondis à l’arrière pour un croquis!


Libérée de cette envie, je retourne dans la salle. Soudain, un cri commun me projette dans la réalité. Lucie me griffe à nouveau. C’est la scène du tango. À toi, à moi, ratata. Vrai qu’il le danse bien. Après la finale, le cinéma n’est qu’un lac de larmes. Les femmes hurlent de désespoir quand le fatal «The end» apparaît cruellement. Lucie a toujours les mains jointes et les yeux rougis. Je me lève, mais notre voisine ne bouge pas. Ça y est! Une autre dans le champ de pommes! Vite, doc! Les sels!

 

 

 
Tags: #jeanne
 


Commentaires

 

1. Maritxan  le 15-11-2019 à 12:54:25  (site)

Je remarque que certaines expressions québécoises diffèrent des expressions françaises, par exemple, je cite, " Je me lève, car j'ai envie de pipi." Chez nous on dit "… car j'ai envie de faire pipi". Autre exemple, "… car il y en a toujours une ou deux pour tomber dans les choux ! " chez nous on dit, "… tomber dans les pommes". D'ailleurs, je vois que tu en parles dans la dernière phrase de ton article, " Ça y est ! Une autre dans le champ de pommes ! ". Cette fois-ci, il ne s'agit pas de choux, est-ce une erreur ou une autre expression québécoise ?

PS: Quand je dis "chez nous", je parle de mon coin, car en fin de compte chaque coin de France a ses propres expressions… comme au Québec ! Clin doeil1

édité le 15-11-2019 à 13:14:57

2. Marioromans  le 15-11-2019 à 20:31:21  (site)

Je ne crois pas que ce soient des expressions québécoises, mais une façon de s'exprimer du personnage Jeanne, dynamique et anti conformiste, qui jongle avec le vocabulaire. Elle dira, par exemple, "Me voilà au neuvième ciel". Alors, elle peut tomber non seulement dans les pommes, mais les choux, les carottes, etc.
Pour l'autre notée : elle est assise sur un banc de cinéma, et elle doit obligatoirement se lever pour se rendre faire pipi.
La seule vraie québécitude langagière que Jeanne se permet sont des jurons habituellement utilisés par les hommes (du moins, à son époquie).

Merci d'avoir pris la peine de lire.

3. Maritxan  le 15-11-2019 à 21:34:29  (site)

Pour moi, c'est toujours un plaisir de te lire ! @+

 
 
 
posté le 03-11-2019 à 03:47:28

Les citations de Grand-Regard

 

 

 

Quelques citations de mon personnage vedette dans mon roman Grand-Regard et la jeunesse, se déroulant entre la fin du 19e siècle et le début du suivant.

 

 

 

 

ENFANCE



Grand-Regard, six ans, est une apprentie écolière. L’institutrice l’interpelle lors d’une leçon : « Tu es dans la lune. »  Alors, la petite répond : « Pas encore,  mais j’irai un jour. » 

 

 

« Il y a un village, sur la lune, qui s’appelle Rivière-Aux-Lunes. »

 

 

La maîtresse d’école tente de déjouer ses élèves en disant : 4 X 7 = 26. Grand-Regard lève la main, pour déclarer : « Je ne suis pas d’accord. » 

 

Son père confie que « ta maman a perdu un bébé. » Bien sûr, Grand-Regard répond : « Où ? » 

 

Au cours de son enfance, un exploit de Grand-Regard : elle lance un seau d’eau dans un poulailler, pour savoir ce qu’est une poule mouillée.

 


« Est-ce que les étoiles aiment la soupe aux légumes ? » 

 

Ravie par une nouvelle poupée, Grand-Regard se presse de lui enseigner à chanter, mais… « Maman, ma poupée fausse. » 

 

L’enfant compte ses orteils. Dix. Toutes présentes. « Hier, il en manquait une, partie faire une course au magasin général. » 

 

Grand-Regard fait connaissance avec un piano : « Elle chante d’une drôle de façon, cette voiture. » 

 

La sœur de Grand-Regard lui demande de couper une tomate. « N’aie pas peur, cela ne te fera pas de mal. Tu sais, tomate, que je t’aime. » 

 

Apprenant l’existence du chant d’opéra, elle demande : « Du chant d’opération ? » 

 

Se blessant après avoir marché sur un caillou pointu : « Mon pied gauche pleure des confitures aux fraises. » 

 

 

« Bonjour, ballon. Je suis Grand-Regard. Quel est ton nom ? » 

 

S’informant auprès de compagnes de sa classe, sur la venue de seins, qu’elle appelle Bosses,  elle dit : « J’espère être bossue raisonnablement. Trop gros, ça fait vache. » 

 

 

 

ADOLESCENCE 



Grand-Regard reçoit très mal la venue d’un corset, dans sa vie. L’épouse du notaire lui raconte que c’est distingué. « J’ai décidé que la vie serait belle, madame. Donc : pas de corset. » 

 

« J’ai chanté fort pour les arbres qui, heureux, me souriaient. Une maman oiseau, tout autant ravie, a voulu m’adopter et j’ai dû lui expliquer que j’étais trop lourde pour son nid » 

 

Définissant son talent de dessinatrice : « C’est un loisir réclamé par mes quatorze doigts. » 

 

Le village de Grand-Regard, chaque été, est envahi par de riches touristes. Le maire interdit à la jeune fille de dessiner et de chanter pour eux, en retour de quelques sous. « Il désire ma ruine financière. » 

 

Grand-Regard donne un pot de confiture à son flirt, lui en promet un second s’il revient la semaine suivante. « Il y aura mon âme, dans ces confitures. » 

 

Grand-Regard a beaucoup de difficultés avec la couture. La voilà grondant une aiguille : « Aie ! Fais attention, imbécile ! Pourquoi me mords-tu ? »   

 

 

 

JEUNE ADULTE



 Grande consommatrice de café, elle demande à son ami le curé : « Comment dit-on café, en Latin ? » 

 

Grand-Regard n’aime pas que pendant l’hiver, des hommes se pressent vers la rivière pour découper des cubes de glace. Elle s’en plaint au maire : « Ce sont des vacances pour les poissons. Qu’on les laisse se reposer en paix. » 

 

Pour Noël, Grand-Regard a acheté des friandises, ignorant si le dernier-né de sa sœur a des dents pour s’en régaler. « Ton fils a des dents ? Je ne savais pas. On n’arrête pas le progrès. » 

 

 

Grand-Regard confie à son ami le curé son désir d’avoir plusieurs enfants. « Je ne connaîtrai pas le vide. » 

 

 

À l’approche de son mariage, Grand-Regard évoque les prénoms de ses futurs enfants : « Pour les garçons, ce sera Bouillon et Tournevis. Pour les filles : Petite-Lumière et Galaxie. » 

 

 

Grand-Regard présente un de ses dessins : une femme dont la tête est cachée par des nuages. « Ou elle est très grande, ou les nuages volent bas. » 

 

 

Grand-Regard offre un présent au curé : une tarte aux étoiles. « Si c’est trop sucré, il faudra y ajouter des rayons de soleil. » 

 

 

Le mari de la meilleure amie de Grand-Regard se procure une vache. Elle demande son nom, et comme l’animal n’en a pas, notre vedette suggère : « Bidon serait un beau nom. Très poétique. »  

 

Grand-Regard doit enseigner le français à un jeune couple analphabète. Elle se rend compte que les enfants apprennent plus facilement que des adultes, ayant du mal avec les lettres muettes (par exemple, le L à la fin de Baril) « Mais qui est le fou furieux qui a inventé la langue française ? Il devait être ivre. » 

 

 

Celui qu’elle va épouser est de six années son cadet. « Ainsi, il durera plus longtemps. » 

 

« J’irai un jour sur la lune pour y planter des fleurs. »

 

 

« Rendre service grandit le cœur. Travailler pour une même cause érige des chaînes à mes chevilles. »

 


Commentaires

 

1. Maritxan  le 07-11-2019 à 12:55:38  (site)

Drôle de fille tout de même ! Je la trouve très attachante. Il faut dire ce qui est, elle est unique en son genre. Merci de poursuivre son histoire !

2. Marioromans  le 07-11-2019 à 16:14:34  (site)

J'ai pris en note ceci en faisant une relecture, une troisième consécutive !

Je crois que je vais tenter ma chance avec ce roman, pour une publication, davantage que Grand-Regard et la Lumière, qui a été refusé plusieurs fois. Mon présent éditeur m'en a parlé, mais je crois que cela ne se fera pas.

J'apprécie ce personnage et je crois bien y retourner une troisième fois.

 
 
 
 

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