Mario Bergeron, romancier du Québec

posté le 07-06-2019 à 22:16:47

Autobiographique ?

 

 

Il y a toujours un peu de soi, dans un roman. Volontairement ou non. Lors de mes sprints dans les salons du livre, à l'époque du premier éditeur, beaucoup de gens me demandaient, certains de leur affirmation, si le personnage Roméo Tremblay était nul autre que moi-même. Pas du tout. Mais personne n'a mis le doigt sur deux personnages de la série Tremblay me ressemblant beaucoup.

 

 

Le petit Martin de Contes d'asphalte était une idélisation de ma propre enfance. Dans Les fleurs de Lyse, Robert, guitariste des Indésirables, ressemblait à Mario adolescent. amoureux des disques.

 

 

Les deux personnages les plus voisins de moi-même nichent dans des romans non publiés.

 

 

Dans Le Fouinard, le personnage porte mon prénom et mon nom, et c'est un récit en partie basé sur ce que j'ai vécu lors de l'année scolaire 1973-74.

 

 

 

Dans Les Baveux, Intel me ressemble énormément. Le jeune homme calme de la bande de turbulents. dingue de rock et dont la marotte consiste à enregistrer des cassettes pour les amis. Puis lorsqu'il travaille de nuit pour une station de radio de musique sirupeuse et qu'il vit un coup de foudre pour la console de son pro que je devais manier chaque nuit. Nous sommes en 1980.  Voici !

 

 

 

Me voilà encore à la station de radio. Le patron a déplacé l’émission du matin à sept heures, au lieu de six, ce qui me donne cinq heures de travail de plus par semaine et, par ricochet, je touche une augmentation de salaire. Je pourrai peut-être ainsi réaliser mon rêve : posséder ma propre table de mixage, avec deux platines. Avec un tel matériel, et avec mon expérience à la radio, je pourrai fabriquer des cassettes de haute qualité et trouver de nouveaux clients, car je dois avouer en avoir perdu quelques uns, depuis deux ans… Oh, pas à cause de la musique, mais bien parce que ces gars ont des dépenses auxquelles ils ne pensaient pas, quand je les ai initialement rencontrés.

 

Ce qu’il y a de plus agréable, à propos de mon emploi, est de voir la nuit trifluvienne,  de mon coteau. Toutes ces petites lumières qui gazouillent dans la noirceur sont splendides. Le studio étant insonorisé, je n’ai qu’à fermer la porte pour faire taire le boulevard d’en face et me penser seul sur cette planète. Comme le vétéran me précédant, j’arrive maintenant à enchaîner les chansons sans les écouter. Je me permets des lectures, un peu d’écriture, puis je joue aux dés, en attendent la visite de Marco et Marie, de l’entretient ménager, qui me sourient et ont toujours quelque chose à me raconter. Marie prétend qu’elle était au festival de Woodstock. Impossible : elle ne devait avoir que onze ans. Elle assure dire la vérité, qu’elle accompagnait alors sa grande sœur. Mensonge ou pas, elle raconte tout ça très bien.

 À l’occasion, Pepère m’invite à boire une mousse au Trou, puis vient me reconduire à la station, où il demeure une heure, pour se moquer des chanteurs en ondes. Parfois, il me demande de s’installer devant la table de contrôle pour un enchaînement. « Baisse la slotte, Pepère! Baisse! Nooon, crisse! Pas celle du disque qui joue! » Il se sent alors roi du monde. Je lui explique que ces âneries font plaisir à des gens un peu partout, d’où l’importance de ne jamais rien brusquer. Il y a beaucoup de personnes qui travaillent la nuit : les infirmières dans les hôpitaux ou des policiers, par exemple. Alors, la musique devient des compagnons. Tout ça parce que je pèse sur le bon bouton et prépare le disque suivant. La radio a toujours été pour moi une réalité invisible. Maintenant, j’en connais les intestins.

 

Tags: #radio
 


 
 
posté le 28-05-2019 à 04:04:10

Le roman en cours

 

 

Dans mon roman Gros-Nez le quêteux apparait une jeune femme de 20 ans surnommée Grand-Regard. Comme j'avais beaucoup aimé ce personnage hors de l'ordinaire, j'avais décidé de lui consacrer un roman intitulé Grand-Regard et la Lumière, qui se déroule en 1905, alors qu'elle a 25 ans. Je crois que c'est un de mes meilleurs textes et comme j'ai toujours un coup de foudre pour la demoiselle, j'ai décidé d'écrire un roman sur son enfance et son adolescence, en gardant la même formule que dans l'autre texte : aucun dialogue avec tirets, puis chapitres enchaînés les uns les autres, sans séparateurs.

J'ai d'abord relu Grand-Regard et la Lumière, pris en note des caractéristiques de la jeune femme, de son milieu. Ceci m'a permis d'élaborer un plan. Je le respecte depuis et tout va rondement. Joli plaisir à créer ce texte.

Voici un fait qui pourrait vous apparaître curieux, mais ce n'est pas la première fois que je réalise que le personnage grandit dans mon esprit à mesure que je le vois évoluer. J'apprends à le connaître pour en arriver à écrire des éléments que je ne pourrais accorder à un autre acteur d'un autre roman.

Grand-Regard de 25 ans est une femme inhabituelle. Elle possède deux beaux talents : celui de dessiner et de chanter. Elle adore aussi la nature, le ciel, la lune et les nuages. Il fallait donc respecter ceci et l'introduire au cours de son enfance. Pour le chant, il faudra attendre l'adolescence (au moment où j'écris cet article, elle a 10 ans.) Cet amour pour le chant, cependant, vient de sa mère, qui connaît des berceuses, des mélodies folkloriques.

Le goût de dessiner, de tenir un crayon, vient de son père, artisan qui écrit chaque jour un bilan financier de ses activités. C'est en le voyant que Grand-Regard est attirée très jeune (4 ans) par l'idée d'écrire, de dessiner. D'ailleurs, même sans crayon, elle le fait avec ses doigts, avec une branche d'arbre, cela dans la neige, dans le sable, dans la terre durcie.

La lune est déjà présente dans sa vie. Lors d'une récente séquence, elle sème des graines de lune dans son petit jardin afin de récolter sa propre lune. Quand sa grand-mère meurt, la fillette regarde le ciel, car toute bonne catholique va au ciel après son décès, puis elle lui dit : "Tu es chanceuse, grand-mère, d'être au ciel, car ainsi, tu peux voir la lune de plus près."

Grand-Regard parle aux arbres et observe les menues choses, comme des insectes. C'est une enfant sans cesse intriguée. Plus que souvent, elle dit des paroles surprenantes, déroutantes. Quand son père lui avoue que sa maman vient de perdre un bébé, elle demande : " Où ? ", puis elle cherche dans la forêt derrière la maison.

Je sais où je dois poursuivre, mais je suis certain aussi que Grand-Regard me surprendra, sans que je ne le pense d'avance.

Créer un roman, c'est vivre non pas à l'intérieur de soi-même. mais dans une zone de ma personne qui est secrète.

Tags: #création
 


Commentaires

 

1. anaflore  le 28-05-2019 à 11:00:08  (site)

bonne inspiration!

2. Marioromans  le 28-05-2019 à 13:08:35  (site)

Merci.

3. Maritxan  le 28-05-2019 à 20:59:26  (site)

C'est tout ce que tu dis dans cet article qui m'attire dans tes romans. Tu es un auteur d'une richesse créative incroyable, tu ne ressembles à aucun autre romancier. Pourquoi les éditeurs ne détectent-ils pas la même chose que moi qui suis simple lectrice ? Quel dommage, ils ne savent pas ce qu'ils loupent !

4. Marioromans  le 28-05-2019 à 21:14:11  (site)

Oh, les fleurs !
Marcel Broquet le détecte, sauf qu'il n'a pas les puissants moyens pour me mener vers une reconnaissance. Gros-Nez le quêteux a été refusé une douzaine de fois et l'un m'a dit que c'était parce qu'il n'y avait pas de chronologie entre les chapitres.
Grand-Regard et la lumière a subi autant de refus car c'est un texte qui ne répond pas à la norme : il n'y a pas de dialogues (Bien que les personnages s'expriment è même les paragraphes). Quand j'ai rencontré monsieur Broquet en mars dernier, il avait un carnet de notes et écrivait parfois ce que je disais, entre autres que dans Grand-Regard et la Lumière, il n'y a aucun référence au Québec, si bien que ceci pourrait se passer chez toi, en Suisse, en Belgique, etc.

Il y a certes la norme, qu'on m'a déjà indiquée chez deux éditeurs et qui m'avaient fait dresser les cheveux sur la tête. Ce sont les sentiers battus. Désolé, mais si je fais toujours la même chose, ce n'est plus un plaisir, mais un boulot.

Je viens d'avoir une idée pour ce qui va suivre : une histoire avec des... fantômes socio-historiques. J'y reviendrai.

5. Maritxan  le 29-05-2019 à 00:28:47  (site)

Des fleurs ? Oui bien sûr, pour toi c'est des fleurs, pour ma part, je dis ce que je pense. J'ai bien aimé la façon dont tu te découvres à nous dans la dernière phrase de ton article... là, tu m'intrigues… Clin doeil1

6. Marioromans  le 29-05-2019 à 01:25:03  (site)

Parce qu'il m'arrive d'écrire des phrases qui ne me ressemlent pas, qui alors m'étonnent, comme si c'était le personnage qui avait écrit en se servant de mes mains.
C'est le cas de ce passage où l'enfant sème des graines de lune.

 
 
 
posté le 21-05-2019 à 06:09:23

Trouver un éditeur ? Facile !

 

 

En réalité, ce n'est pas facile du tout! À ce moment, 1997, je ne connaissais rien de rien du monde de l'édition. J'avais alors un premier roman, Tremblay et Fils, publié par une maison de Shawinigan-Sud et qui était un organisme de matériel pédagogique. J'avais décidé d'envoyer une copie du roman à cinq éditeurs. Maintenant, je sais qu'il est rare que ces gens reçoivent un livre au lieu d'un manuscrit.

J'avais écrit cette lettre pour accompagner le bouquin.  En deux mois, j'avais non seulement un éditeur intéressé, mais deux! C'est par cette lettre que mon aventure a débuté. Cliquez pour mieux lire.

Tags: #Éditeur
 


 
 
posté le 14-05-2019 à 01:11:08

Souvenir et réaction

 

 

Quand j'étais petit, il y avait à mon école sept niveaux d'apprentissage, avec deux classes chacun.  Aux six premières étapes, des 'mademoiselles' étaient en poste, alors que pour la septième année, on croisait deux frères, dont l'un, le frère Charles, effrayait les gamins. Non seulement il était grand et costaud, mais il avait une voix qui tonnait, vraiment effrayante. Notre souhait commun était d'atteindre la septième et de ne pas nous retrouver dans la classe du frère Charles.

 

Malheur à moi! Oui, Charles parlait fort, était brusque, ne souriait jamais, mais l'homme était un bon enseignant qui aimait son métier et les enfants.

 

Je n'ai pas oublié et traduit dans mon roman Petit Train la crainte des garçons face au frère. Comme Mario B, mon personnage Roméo réalisera que le religieux est une bonne personne.  Voici cet extrait, avant d'aborder une surprise et une réaction. Sur la photo, le frère Charles est à l'extrême droite de la dernière rangée.

 

 

 

 

 

Roméo frémit, persuadé que ce monstre va le dévorer. Le religieux ordonne à Adrien de s’éloigner et de rejoindre les « idiots de ton âge. » Deux autres soutanes se joignent à l’abominable et mettent les enfants en rang. Tremblants, ils marchent jusqu’à une grande salle où les frères les font agenouiller pour la prière du matin. Tour à tour, les trois enseignants annoncent les noms de leurs élèves. Roméo sait que le sien niche à la fin de l’alphabet, ce qui lui laisse tout le temps voulu pour prier afin qu’il ne soit pas dans la classe du dévoreur d’enfants.

Hélas! De sa voix tonitruante, le frère Charles trompette un « Silence! » qui fait bouger l’illustration du Sacré-Cœur accrochée au mur. Puis il ordonne le silence, avant entrer dans une salle de classe, place les garçons selon leur grandeur. Roméo se retrouve devant le bureau de la montagne. Soudain, il n’a plus envie des huit années suivantes…

 

 

Quand ce travail de classement se termine, le frère Charles commande une autre prière. « À genoux! » (...) Roméo a vraiment le goût de ce recueillement afin qu’on le change de groupe. 

« Je suis le frère Charles, des Frères des Écoles chrétiennes. En vous adressant à moi, très poliment et après avoir levé la main, vous direz : frère. Je suis là pour vous montrer à marcher au catéchisme. Puis vous allez apprendre à lire et à compter pour que vous puissiez connaître encore plus de prières et le nombre de péchés que Notre Seigneur n’aime pas. Nous allons aussi voir l’Histoire du Canada et de nos saints martyrs.  Tout ça dans la discipline et l’obéissance! »

 

 

Après cette présentation claironnée avec insistance, trente petites têtes reculent en harmonie. Aussi effrayant que savant, ce frère! Discipline… Quel mot compliqué! Pendant qu’ils songent au mystère de ce terme, le frère Charles apostrophe les règles de conduite. « Levez-vous avant de parler!  Montrez la main pour demander! Dites tout le temps : merci, frère! Défense d’être grossier, impoli, polisson, têtu, sinon! » À ce mot, il met la main sur une énorme< règle aux extrémités métalliques et donne un vif coup sur son bureau. Un garçon du fond de la classe hurle « Maman! J’veux plus! » et se précipite vers la porte. Le frère Charles l’intercepte et le ramène à son pupitre en lui serrant le cou. 

 

 

 

 

 

 

Au salon du livre de Montréal, en novembre 1999, je vois approcher une femme, sans doute jeune septuagénaire, qui marche en me souriant, ma saluant ainsi : "Bonjour, mon petit Mario." Heu... Je ne savais pas de qui il pouvait s'agir. Alors, elle explique qu'après avoir acheté le roman, elle a été stupéfaite de reconnaitre le frère Charles et la réaction des enfants face au religieux. Piquée de curiosité, elle a fouillé dans les photos anciennes des classes de sa carrière d'enseignante, pour retracer Mario Bergeron. La photo ci-dessous. Pour ma part, en rentrant chez moi, deux jours plus tard, je me suis pressé de retrouver cette photo et en la voyant, j'ai souri, en m'exclamant "C'est elle!"  Ce sont des choses qui arrivent peu souvent à un auteur!

J'ai aussi utilisé le frère Charles dans le roman précédent, mais écrit après celui-ci : Ce sera formidable.

 

 

Tags: #École
 


Commentaires

 

1. anaflore  le 14-05-2019 à 09:23:50  (site)

Très classe cette classe

2. Marioromans  le 14-05-2019 à 18:50:58  (site)

Et les propos ? Hmmm ?

 
 
 
posté le 06-05-2019 à 06:36:55

Le blogue du nouveau roman

 

 

Prévu pour juin 2019, mon nouveau roman sera sans doute sur le marché en mai. Les corrections ont été apportées - non sans difficultés - la page couverture a été conçue, et au moment d'écrire ceci (deuxième semaine de mai), les responsables travaillent à la mise en page, puis il y aura une dernière lecture de la part du grand patron, au cas où des petites erreurs auraient subsisté. Et hop : chez l'imprimeur !

Il s'agira de ma douzième publication et même si j'ai pris l'habitude des 'trucs du métier', ce n'est jamais une routine et la joie de mettre la main sur un nouveau livre demeure toujours inoubliable.

Comme cela avait été le cas pour les deux romans précédents, j'ai fabriqué un court blogue pour présenter les personnages, certaines situations, avec toujours un extrait. Dix-sept articles sont présents. Je vous invite à visiter le lieu et à laisser un commentaire, à poser des questions si cela vous fait plaisir. Voici le lien :

 

 http://marioroman.vefblog.net/

Tags: #robinson
 


Commentaires

 

1. anaflore  le 06-05-2019 à 08:37:13  (site)

bon partage pour ton nouveau bébé

2. gegedu28  le 06-05-2019 à 09:35:16  (site)

Bonjour Mario,
Déjà le 12ème, smiley_id117184 !
Comme tu dis, on sait quand on commence, mais jamais quand on le finit, car il y a tout un tas de choses à côté qui nous occupent aussi.
(Je passe lire ton court blog)
Je travaille également sur un 2ème ouvrage, Guidé par les ondes ))), une autobiographie de ma carrière dans les ondes radio.
En tous cas, bonne chance à ton 12ème roman.
Cordialement,
Gégédu28

3. MarioB  le 06-05-2019 à 19:03:14  (site)

Ce n'est pas encore terminé, mais j'ajoute un article chaque jour. Bien sûr, j'ai commecé par la fin. Merci !

 
 
 
 

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