Mario Bergeron, romancier du Québec

posté le 08-09-2019 à 20:10:23

Pauline Gill

 

 

Pauline Gill a été une bonne amie lors de mes participations intenses aux salons du livre du Québec (1998 à 2004). Romancière très populaire, elle était une femme gentille et amusante, à l'écoute d'autrui. Notre première rencontre a eu lieu au salon de Hull, alors que nous devions partager la scène d'un événement relatif aux "romans historiques". Elle devait avoir lu un de mes romans, et moi, un des siens. Peu avant la rencontre, elle s'excuse de ne pas avoir eu le temps de lire ma création. "Ce n'est pas trop grave, car je n'ai pas lu le vôtre." Alors, sur scène, nous nous sommes lancés des fleurs mutuellement à propos de ceci et de cela.

 

C'est à ce moment que je lui avais révélé un fait provoquant un embarras. Un de ses romans se déroulait dans ma région, au 19e siècle. Alors, je lui ai dit : "Madame Gill, le mot Mauricie n'exisait pas à l'époque de votre roman." Elle : "Sérieusement ?" Moi : "Je vous assure que la désignation Mauricie est une idée d'Albert Tessier et qui a été inventée au cours des années 1920." Elle m'a juré que lors de réimpressions, le mot disparaîtrait au profit de ce qu'on disait au 19e siècle : Vallée du Saint-Maurice.

 

Ci-haut : autre rencontre sur le même thème, au salon de Trois-Rivières, où la chère Pauline portait une robe longue style 19e siècle, mais j'avais noté que ses chaussures étaient tout à fait 21e siècle, ce que j'ai révélé au public ! On s'amusait et il y avait une belle interaction entre nous.

 

La photo ci-dessous date de 2001, au salon de l'Abitibi-Témiscamingue, où je l'avais rencontrée alors qu'elle arrivait, ne sachant pas où était son hôtel et je l'y avais conduite, puis elle m'avait invité à dîner.

 

C'est aussi Pauline Gill qui m'avait recommandé de ne plus envoyer de manuscrits aux maisons d'éditions, mais des résumés avec caractéristiques de tous les textes déjà créés. Ça a fonctionné! Ce sont les textes que je présente ici sous le titre de "Résumé". (Exemple au prochain article.)

 

Je ne l'ai pas revue depuis quelques années. Peut-être a-t-elle cessé cette activité, car la femme prend de l'âge... Je garde toujours un joli souvenir de cette personne gentille.

 

 

 


 
 
posté le 30-08-2019 à 05:18:48

La nuit de la poésie à la Pitoune

 

 

Cheveux longs et cheveux gris est le titre de ce roman, remplacé par ce que vous voyez. En fait de Lyse, elle n'apparaît que dans la seconde partie, dont le titre est redevenu Les Fleurs de Lyse, depuis que j'ai repris mes droits sur ce texte.

 

Le roman se concentre sur la jeunesse des années 60, par un groupe de rock, puis sur celle des 70, par la voie d'une faune hip, ayant fait du café-restaurant La Pitoune (Ex Petit Train) leur lieu de rendez-vous. Les deux parties de l'ensemble sont caricaturales et humoristiques. Les personnages de la décennie 1970 vivent par des excès, des situations propres à cette génération macramé (Baba Cool, pour la France.)

 

 

Un des personnages est Nelligan Veillette, poète raté, paresseux et profiteur du fait que c'est un garçon très beau et que les filles ne refusent jamais de lui payer ses consommations. Toutes sauf Loulou, bien entendu, ennemie jurée du garçon.

 

 

Dans la foulée du théâtre dit 'Création collective", du chansonnier attitré, des soirées de folklore avec le groupe Ah Ben Coudon, il allait de soi que la Pitoune devait présenter une nuit de la poésie, supervisée plus ou moins par Nelligan  Veillette.

 

 

 

 

Nelligan vient de terminer un poème que les Pitouneuses ont vu en gestation au cours des deux derniers mois. Elles le sentaient souffrir à chaque mot, subir la terrible tension de la page blanche et du stylo à encre bleue. Quand, enfin, le poème est prêt, Nelligan décide de le garder pour lui, car trop personnel. Le poète serait peut-être prêt à inviter les filles à le découvrir dans l’intimité de son logement. Nelligan demeure dans le vieux quartier Sainte-Cécile, jadis le fief de la classe ouvrière trifluvienne, qui entassait ses nombreuses familles dans ces hautes maisons cubiques à trois étages où jamais le soleil ne pénétrait. Depuis, la détérioration a fait son œuvre et ces habitats ne sont plus bons que pour les très pauvres et les étudiants. Le plancher semble pris de hoquet et les murs gondolent. L’hiver, des stalagmites se forment entre les fenêtres, et le bruit des clous du plafond qui explosent au froid devient semblable à un coup de fusil de film américain. Monter le long escalier en tire-bouchon devient vite une aventure périlleuse en saison froide. Dans la salle de toilette, minuscule, Nelligan dispose d’une vieille baignoire à quatre pattes qui ressemble à un tonneau, objet étrange qui fascine Sylvie. « C’est un logement de poète, vivant modestement parmi le peuple québécois, du monde ordinaire qui devient son inspiration », confesse-t-il en clignant des cils, alors que Sylvie se sent touchée par la vie misérable de cet artiste méconnu qui, après de longues hésitations tourmentées, lui confie enfin son poème secret, reflet de son âme à la dérive.

 

 

 

 « T’as vraiment pris deux mois pour composer ça?

- Tu vois? Toi-même ne me comprends pas. L’incompréhension est le pain du poète.

- Oh, excuse-moi, Nelligan. Je n’ai pas voulu t’insulter. Pauvre toi!

- Le poète a tellement besoin de consolation face à cette incompréhension.

- Je vais t’aider pour me faire pardonner. »

 

 

 

Nelligan a hâte à cette nuit de la poésie. Il en est l’organisateur, même s’il a délégué ce pouvoir à Lyse et à Jean-Michel Michel. Cette responsabilité était trop lourde pour lui. « Nous, les poètes, vivons dans l’irréel. » Clément a vite donné son accord, car cet événement lui permettra de vendre encore plus de café pour tenir le public éveillé.

 

Voilà Nelligan qui parle sans cesse de ses grands malheurs. Sylvie, chavirée par tant de souffrances, lui donne le dix dollars qu’il voulait lui emprunter.

 

 

 

 « Viarge qu’tu m’fa’ chier, Nelligan Veillette! Chus capab’ de toffer les aut’ mongols, mais toé, tu m’fa’ chier en barnaque avec tes pouèmes à marde qui valent même pas une baptême de crotte!

- Merci, Loulou. Par l’expression tribale de tes sentiments et de ton âme, tu viens de poétiser et j’en suis très touché. Dans cette seule phrase, tu as fait référence à trois mots de digestion. C’est très bon, Loulou.

- Si j’éta’ boss d’la Pitoune, j’te flushera’ dret’ net sec!

- Et de quatre. »

 

 

 

 

Les poètes arrivent de tous les coins de la Mauricie, avec leurs barbes, leurs drapeaux québécois, leurs branches de sapin sur la tête. Tous les styles seront à l’honneur : alexandrins, sonnets, mais surtout le vers libre et l’expression spontanée du poème chair. Le thème général, comme demandé par Lyse, est le pays à bâtir. La nuit commence de façon traditionnelle, avec Roméo qui récite des vers de Clément Marchand, le grand poète trifluvien. Le vieil homme ne demeure pas très longtemps, ces jeux nocturnes n’étant plus de son âge.

 

         

 

Jacques Pellerin lui succède et chante ses compositions poétiques en l’honneur de Trois-Rivières : Rue Notre-Dame, Rue des Forges, Rue Saint-Maurice. Dur se dit que si Jacques a l’intention de chanter toute la carte géographique, il en aura pour plusieurs nuits. Comme première poétesse, une fille dénude sa poitrine où est écrit un poème sur l’exploitation de la femme objet. Dur a adoré. « C’était un poème avec du mouvement, pénis! Tu saisis, Clément? » Après quatre heures de poésie intense, les habitués attendent avec impatience la performance de leur Nelligan. « C’est un poème de l’instinct sur l’amour de mon pays. Le voici : Kébek! Kébek! Kébek! Bec bec bec! Kébek! Kébek! Kébek! Bec bec bec! Kébek! » Et ainsi de suite pendant vingt minutes. La longue ovation des Pitou­neuses touche le cœur de Nelligan. Ce succès n’a rien de comparable à l’effort poétique de Loulou. « C’t’un pouème en l’honneur d’l’hivair’ québécois et j’l’ai écrit en pensant à Nelligan Veillette. »

 

 

 

 

V’là une mauvaise nouvelle

Qui s’appelle Nelligan Veillette

Y’é plus platte qu’un hiver trop frette

Dans l’pays du Québec. 

En hiver, les chars sont jammés

Tout l’monde est pogné pour les booster

Sauf Nelligan Veillette, toujours fatigué

Dans l’pays du Québec. 

L’hiver, c’t’une saison d’cochons

Y a d’la glace d’ins escaliers en tire-bouchon

Mais c’est moins pire qu’Nelligan, c’te torchon

Dans l’pays du Québec.  



Les Pitouneurs, solidaires à l’opinion de Loulou à propos de Nelligan Veillette, lui font un triomphe sans pareil, si bien qu’à l’unanimité, Clément et Dur lui accordent la pitoune d’or, récompensant le poème féminin le mieux ressenti.

 

Tags: #pitoune
 


 
 
posté le 26-08-2019 à 06:58:33

Là où habite Grand-Regard

 

 

Mes romans Grand-Regard et la jeunesse et Grand-Regard et la Lumière se déroulent entre 1880 et 1907. Les deux créations ont un texte continu, sans chapitres, bien que des étapes temporelles soient enchaînées les unes aux autres. Il n'y a pas de dialogues avec tirets, mais les personnages s'expriment à même les paragraphes.

 

 

Dans mon esprit, ceci se déroule au Québec. En réalité, il n'y a aucune référence culturelle, historique et langagière propre au Québec. Une personne de France, de Belgique, de tout pays francophone pourra lire ces histoires en se disant que cela se passe à quelques kilomètres de leur lieu de naissance. Toujours dans mon esprit, le village de Grand-Regard est situé à l'est de la ville de Québec, mais cette ville n'est pas nommée (Je dis 'la capitale') et géographiquement, ceci est impossible.

 

 

Le village de mon personnage se nomme Rivière-Aux-Truites et fait partie d'un trio de petites localités voisines et séparées par de courtes distances. Les autres lieux : Côte-de-l'Est et Pointe-à-Pierre. Ne cherchez pas ces noms : ils n'existent pas. Au nord de ces trois unités niche un gros village devenant petite ville et qui n'existe pas non plus : Val-d'Espérance. C'est là qu'est située la gare et quelques services.

 

 

Mon triumvirat de villages est relié à Val-d'Espérance par une route, qui est en réalité un chemin. Les villages sont donc des lieux isolés, au bord du fleuve (Saint-Laurent, que je ne nomme pas non plus.)

Les villages ont la même forme : une seule rue, avec, un peu au nord, une petite forêt, suivie d'une zone agricole, avant le retour de la forêt, cela jusqu'à Val-d'Espérance. Les villages n'ont pas le téléphone, point de médecin, et l'électricité n'arrivera qu'en 1906.

 

 

Rivière-Aux-Truites est le plus populeux : environ 300 personnes, en comptant les paysans et leurs nombreux enfants. Le village même est un lieu de rentiers. Pointe-à-Pierre a une population plus jeune. Puis c'est à Côte-de-l'Est qu'on trouve la seule industrie : une laiterie de petite dimension, qui vend ses produits dans la capitale et à Val d'Espérance. Il y a pourtant un... hôtel, à Rivière-Aux-Truites, car le lieu de naissance de Grand-Regard compte sur un autre type d'industrie : le tourisme.

 

 

En effet, ce nom n'a pas été donné sans raison. On y croise une rivière très poissonneuse, qui attire les hommes bourgeois des villes, tout comme une magnifique plage. J'ai pris le modèle sur Cacouna, qui, au même moment, sur la rive Sud du fleuve, attirait les riches touristes urbains. Précisons qu'à cette époque. une plage ne servait pas à la baignade, mais à prendre du bon air, loin de la fumée industrielle des villes.

 

 

Les trois villages possèdent chacun une église (et un curé), un magasin général, un maire, mais il y a des éléments absents de chez les voisins. Par exemple : on ne compte qu'un seul bureau de poste, une seule commission scolaire pour s'occuper des écoles des trois villages. Un seul notaire, qui sert de banquier, de conseiller.

 

 

Les zones agricoles sont petites et se penchent surtout sur la culture familiale, bien qu'à chaque été touristique, les fermières vendent des fruits, légumes et leur artisanat aux bien nantis. La zone agricole de Côte-de-l'Est est davantage portée sur l'élevage.

 

 

À beaucoup de points de vue, cette population ne vit pas comme à son époque. L'argent circule très peu. Le troc est plus que souvent de mise. Par exemple : quand Grand-Regard enseigne au jeune couple analphabète de Damasse et Émilienne, elle est payée avec des fruits et des légumes, du bois de chauffage.

 

 

La population des villages est très solidaire. Si un malheur frappe un habitant, tout le monde vient à son secours, sans rien demander en retour. Par exemple : quand le notaire perd graduellement la vue, des femmes passent pour lui préparer ses repas, entretenir la maison, et les hommes sont disponibles en tout temps pour le bois de chauffage, les réparations.

 

 

C'est cet aspect qu'adore Grand-Regard. Beaucoup de jeunes des trois localités fuient vers la modernité des villes et les emplois dans les usines, sauf elle. Mon personnage sourit à la nature, apprécie le calme, puis cet amour qui unit les gens la touche sans cesse.

 

 

 

L'extrait, de Grand-Regard et la jeunesse. La jeune fille se rend chez le marchand général de Côte-de-l'Est, car celui de son village n'a pas de café, dont la demoiselle est friande.

 

 

 

 

À sa sortie, elle se met en route, malgré l’insistance de la neige à tomber, pour rejoindre le marchand général de Côte-de-l’Est. Celui-là est tout le contraire de son concurrent et quand il voit entrer Madeleine, il se met à chanter aussitôt. Bien sûr, elle lui répond de la même façon. Ensuite, il rit, raconte des blagues.

 

 

 

« Jolie neige! Charmants flocons! Hue, Antiquité! Prouve-moi que tu es encore jeune de cœur! » Arthur avait hérité du vieux cheval de son père, mais a préféré en acheter un plus jeune, celui-là se sentant fatigué de franchir la distance entre la gare et le village chaque fin de semaine. Il l’a donné à Madeleine, l’assurant que pour des petites courses, le patriarche sera d’un bon service. L'animal devrait se plaindre de l’énergie folle de sa maitresse, mais il aime tant quand elle entre dans l’écurie, pour le caresser, le brosser, lui parler doucement et lui donner plus de foin qu’il ne faut. C’est Grand-Regard, petite, qui avait suggéré son nom : Noireau, même s’il a le poil brun. Nul ne sait si le canasson apprécie ce nouveau nom Antiquité.

 

 

« Du café? Bien sûr, la jolie. Deux sacs? » Madeleine montre trois doigts. « Regarde ces friandises, confectionnées par la mère Blanchard. À l’approche de Noël, cela va faire plaisir à ta visite, dont celle de ton neveu, fils de ta sœur Juliette et… Ah… Il n’a pas de dents... »   

 

Les marchands généraux des trois villages offrent des conserves, mais aussi beaucoup de produits des cultivateurs, dont des tricots réalisés par des femmes âgées, sans oublier le tabac du père Stanislas, dont Arthur raffole.

 

(...)

 

Pour Noël, Arthur, Juliette, ses enfants et son mari, sont présents, tout comme monsieur le notaire et madame Olive. Grand-Regard chantera le traditionnel Minuit Chrétiens à la messe de minuit, hymne habituellement réservé aux hommes. Madeleine a préparé un appétissant festin. « Dis, Juliette? Ton fils a des dents? Je ne savais pas. On n’arrête pas le progrès. J’ai de délicieuses friandises pour lui. Pour toi aussi. Tu as des dents, n’est-ce pas? »

 

 


Commentaires

 

1. Maritxan  le 26-08-2019 à 19:15:32  (site)

À t'entendre parler de Grand-Regard, j'ai l'impression que ce personnage existe vraiment. Je me sui attachée à elle parce que j'aime sa personnalité.
Bonne journée ! Sourire1

2. Marioromans  le 26-08-2019 à 22:09:42  (site)

Il y a un peu d'autres personnages, chez Grand-Regard. Il y a Gros-Nez, Joseph Tremblay, Jeanne.
Je m'en rends compte et cherche à éviter les redites.

3. elena13  le 27-08-2019 à 13:56:16  (site)

Bravo pour la photo du jour !!!

4. chocoreve   le 27-08-2019 à 15:38:55

Oh là là ! J ai envie de dessiner une carte de ton monde imaginaire et d'y répartir tous les personnages de ton roman, pour mieux m'y retrouver ! ...
Choco ... rêve toujours !

5. Marioromans  le 27-08-2019 à 18:44:21  (site)

J'ai déjà pensé établir une liste semblable. Mais ce serait une fantaisie inutile.
Au fait, j'ai répondu à une de tes questions précédentes, à propos de Roméo, cela par un article que tu peux lire un peu plus bas.

 
 
 
posté le 14-08-2019 à 05:30:57

Fin in extremis

 

 

Je viens de terminer la création de Grand-Regard et la jeunesse. Sept mois, c'est un temps normal, pour un roman de 200 pages. Par contre, il s'est passé quelque chose de rare. J'ai certes respecté le plan établi, sauf que ce dernier présentait une anomalie : je ne savais pas comment terminer ce texte.

En cours de route, j'ai pensé qu'un mariage pourrait être une bonne finale, sans qu'elle ne m'enthousiasme vraiment. J'étais rendu à l'avant dernière page quand soudain, j'ai trouvé l'idée! Ouf...

Beaucoup aimé cette création et j'adore le personnage Grand-Regard. Oui, il y aura un troisième roman la mettant en vedette, mais pas tout de suite.

 

 

Voici les principaux personnages de ce roman.

 

MADELEINE LAVIOLETTE, alias GRAND-REGARD : De sa petite enfance, jusqu'à ses 27 ans. Jeune femme inhabituelle pour son époque (Fin 19e siècle, début 20e) qui a un don extraordinaire pour dessiner, puis, à l'adolescence, pour chanter. Rêveuse, elle parle aux étoiles, est fascinée par la lune. C'est une personne de bon coeur, généreuse, mais qui devra affronter des épreuves au cours de sa jeune existence.

 

CONRAD LAVIOLETTE : Père de Grand-Regard. Marié tardivement, cet homme est un artisan talentueux, sculptant dans du bois, construisant des voitures, des petits meubles, qu'il vend dans la capitale, via son association avec un compagnon d'affaires de la grande ville.

 

GERMAINE LAVIOLETTE : Celle que Conrad épousera, bien qu'elle soit de quinze années sa cadette. Une femme qui subira la souffrance de trois 'occasions ratées'. Épouse traditionelle, amoureuse de son jardin, qui communique à sa fille une passion : chanter.

 

Les parents de Grand-Regard vont mourir avant qu'elle n'atteigne quatorze ans. Sans raison particulière pour Germaine, mais, raconte-t-on, Conrad est mort de chagrin suite à la disparition de son épouse.

 

JULIETTE LAVIOLETTE : L'enfant aînée de la famille, bras-droit de sa sa mère dans la cuisine, pour les tâches ménagères. Elle se montrera davantage sévère que sa maman dans l'éducation de cette bizarre Madeleine.

 

ARTHUR LAVIOLETTE : Enfant, celui-là ne rêvait que de chemin de fer. Il deviendra chef de gare de la petite ville au nord du village. Arthur adore Grand-Regard, avec une touchante affection. Le frère et la soeur seront très attachés l'un à l'autre.

LE NOTAIRE : Le notable du village, ancien maire, qui sera à la source de la vocation touristique de Rivière-Aux-Truites. Un homme aimable, qui partagera une passion commune avec Grand-Regard : les étoiles. À l'approche de la soixantaine, le notaire perd la vue et Madeleine est sans cesse près de lui pour lui faire la lecture.

 

 

MADAME NOTAIRE : J'aurais pu lui donnerun prénom, mais j'ai pensé que ceci était rigolo. Femme cultivée avide de lecture, elle se montre généreuse envers tous les enfants, car elle n'a pu apporter à son époux un fils ou une fille. Les deux vont disparaître, rendant Grand-Regard très triste.

 

MADAME OLIVE : Autre personne âgée que Grand-Regard distrait en lui chantant sans cesse les mêmes airs folkloriques. La dame tricote des animaux, des poupées de chiffon, qu'elle donne aux enfants. À la fin de chaque chanson, madame Olive joint les mains, sourit généreusement, puis s'exclame "Que c'est beau!" Tout le temps !

 

 

LE CURÉ XAVIER LAFONTAINE : Il y a deux prêtres, dans le roman. Le premier, un vétéran, n'est guère souriant et, conséquemment, peu aimé par ses paroissiens. Il est remplacé par ce jeune Xavier, tout le contraire. On le voit aux champs pour aider les paysans, à la cuisine pour préparer des tartes avec les épouses et lancer un ballon aux petits. Il y aura une relation familière entre Grand-Regard et cet homme, l'incitant avec patience à transformer ses dessins en peintures (Ce qui se réalisera davantage dans le troisième tome).

 

SOEUR MARIE-DE-L'ADORATION : Grand-Regard passe deux années dans un couvent, afin de devenir maîtresse d'école. L'ambiance est rigide, sauf dans le cas de cette religieuse, botaniste et musicienne, qui touche les plantes avec émotion et joue du piano avec un doux sourire. Elle aidera Madeleine à développer son chant.

 

HECTOR : Le vilain du roman. Premier amoureux de Grand-Regard, lui promettant le mariage, mais qui tentera d'abuser de son "honneur" et annulera le mariage. Blessée, Grand-Regard deviendra hargneuse face aux jeunes hommes.

 

DONATIEN DUPONT : De six années le cadet de Grand-Regard, amoureux fou de la demoiselle. Avec patience et un amour débordant, il réussira à l'intéresser à mesure que le triste souvenir d'Hector s'efface de la mémoire de la belle. Ils vont se marier.

 

DAMASSE ET ÉMILIENNE : Jeune couple analphabète. L'homme désire ouvrir une fromagerie, mais sait qu'il n'y arrivera jamais sans savoir lire ni écrire. Grand-Regard leur enseigne patiemment cette science et est touchée par l'amour du couple, ce qui lui fera changer d'avis à propos de Donatien.

 

LUMIÈRE : Oh... Lumière, qui changera la vie de Madeleine. Voir Grand-Regard et la Lumière.

 

 

LA FINALE ? Oui, le mariage. Cependant, pour plaire à Madeleine et à sa personnalité, la cérémonie aura lieu à minuit. En sortant de l'église, le couple se rend en forêt, pour regarder la lune et les étoiles.

 


Commentaires

 

1. anaflore  le 14-08-2019 à 10:41:33  (site)

tu vas avoir du mal à leur donner la liberté !
moi aussi enfant je regardais la lune et les étoiles et avec les premiers pas sur la lune on a perdu nos rêves!!

2. MarioMusique  le 14-08-2019 à 18:20:03  (site)

Merci d'avoir lu l'article.

3. choco   le 25-08-2019 à 14:43:52

On y retrouve la musique, la peinture, la sculpture, le chemin de fer, la bonté, comme dans les romans que j ai lu : perles et chapelet et gros nez ...
Sauf les étoiles ...
A découvrir quoi ! ...

4. MarioMusique  le 25-08-2019 à 18:57:24  (site)

Grand-Regard apparaît dans Gros-Nez.

En créant ceci, j'ai l'impression de modifier des éléments déjè présents dans les autres livres...
Sauf que la forme est différente,

5. Maritxan  le 26-08-2019 à 19:30:05  (site)

Je te fais confiance pour le final, tu connais trop bien ton personnage.

6. Marioromans  le 26-08-2019 à 22:07:55  (site)

Ah, mais elle est indiquée, la finale : un mariage, mais qui a lieu à minuit.

7. Maritxan  le 27-08-2019 à 12:37:03  (site)

Je me suis mal exprimée...
Je sais que la finale est indiquée, je voulais dire que tu connaissais trop bien ton personnage pour Ne pas trouver la fin de l'histoire qui lui convient. Cette réflexion est en relation avec "je ne savais pas comment terminer ce texte (dans le premier paragraphe). Suis-je plus claire cette fois-ci ? Clin doeil1

8. Marioromans  le 27-08-2019 à 18:41:49  (site)

Très bien, très bien. Merci.

 
 
 
posté le 10-08-2019 à 18:51:00

Roméo Tremblay

 

 

Roméo Tremblay apparaît dans onze de mes romans, sans doute aidé par le fait que ce personnage sera centenaire. Il n'est pourtant pas le favori de mes créations. Lors des salons du livre, plusieurs personnes croyaient qu'il s'agissait de  moi-même. Pas du tout! Il n'y a eu aucun modèle, aucune inspiration.

 

Le caractère initial a été créé dans le roman Tremblay & Fils, commercialisé en 1996. Je me suis servi de cette base pour définir son caractère vital, que ce soit par ses qualités ou par ses défauts. 

 

Dès sa petite enfance, dans Ce sera formidable, Roméo présente ce qui sera sa caractéristique : c'est un observateur. Dans Tremblay & Fils, on ajoute une sensibilité parfois à fleur de peau.

 

L'influence principale qu'il aura, au cours de sa vie, ne vient pas de son père,  mais d'un ami de celui-ci : le vagabond Gros-Nez, lequel est aussi observateur et a un bon coeur.

 

Par contre, sa sensibilité devient son défaut : c'est un homme qui se laisse abattre facilement. De plus, il se montre effroyablement envahissant dans la vie de sa soeur Jeanne.  Roméo sera un père de famille distant envers ses enfants.

 

Terrassé par les décès consécutifs de sa soeur Jeanne, de son père Joseph et de son fils Gaston, Roméo devient ravagé, mais donnera à sa vie (à partir de la cinquantaine) une dimension absente de ses années de jeunesse : il deviendra beaucoup plus attentif à ses prochains. Le déclic se fait au contact de sa fille Carole et de son petit-fils Martin (dans Contes d'asphalte.) Ce sera sa caractéristique jusqu'à la fin de son existence.

 

Roméo sera journaliste, écrivain, libraire. Il ne connaitra qu'un seul amour, pour celle qui deviendra son épouse : Céline. Le couple aura six enfants, trois garçons et trois filles. Il aime  beaucoup la lecture, la musique (Un grand admirateur de Charles Trenet!) Il adore sa ville natale de Trois-Rivières.

 

 

L'extrait, de Ce sera formidable. Roméo est un enfant fragile, souvent malade, qui apprendra à parler tradivement, mais dira des mots très francs. Par exemple, il dira "Chien" et non "Toutou". Observant son père Joseph dans sa boutique, il apprend à compter. 

 

 

 

Papa! Il a dit papa! Après maman, j’imagine que c’est dans l’ordre naturel des choses. Il ne prononce toutefois aucun autre mot que ceux qui servent à nous désigner. Cet enfant roule vers ses trois ans, pourtant… Adrien, au même âge, parlait sans arrêt, mais il semble que Roméo ne fera jamais rien comme tout le monde. En janvier, il a souffert d’une grippe si violente que Marguerite a sorti ses prières de l’année précédente, mais en invoquant particulièrement saint Blaise – un spécialiste des maladies, dit-on – pendant que je souhaitais la visite de Gros-Nez avec son plein sac de formules de guérisseur. Le mal est disparu aussi brusquement qu’il était apparu. Roméo regarde avec ses yeux étranges, suit chacun de mes mouvements en bougeant la tête doucement. Il observe. L’enfant ne cherche même pas à toucher, se contentant d’examiner. J’aimerais savoir ce qui lui passe par la tête. Je lui répète les mots des objets ornant les étagères : assiette, serviette, marteau. Tant de choses! Il ne réagit pas. Je compte les caisses d’un nouvel arrivage, en sentant son regard me frapper dans le dos.

 

 

  « Un, deux, trois.

- Quoi?

- Un, deux, trois. »

 

  

J’en échappe ma pipe! Roméo frappe les caisses avec ses petites mains en comptant. Je traverse à la maison en courant et revient avec Marguerite, mais notre garçon refuse de recommencer sa prouesse devant sa mère. Elle soutient qu’il a simplement répété mes mots. Je suis certain qu’il a compté! Il n’avait jamais rien dit d’autre que papa et maman. Pourquoi ces chiffres au lieu des noms de Louise et d’Adrien? Pourquoi a-t-il prononcé si distinctement « trois » sans escamoter le R? Ce petit m’étonne chaque jour un peu plus et je suis surpris qu’il ne s’en rende pas compte. Il passe les cinq jours suivants sans dire un mot, sans compter, ce qui persuade Marguerite que j’ai eu la berlue. J’enquête auprès de papa pour savoir si j’étais ainsi, au même âge. Évidemment, il ne s’en souvient plus, ce qui n’est pas le cas de Lise qui, promptement, me répond que je parlais trop. Pour sa part, Catherine précise que je bougeais tout le temps. Quand Roméo court, rarement, il me donne l’impression de passer d’un point précis à un autre, comme s’il avait médité sa trajectoire, au lieu de partir en tous sens, comme une poule sans tête.

 

 

 

 

 « Papa!

- Oui, Roméo. Tu veux compter pour moi?

- Papa!

- Bon, ça va, j’ai compris. Je vais attendre le mois prochain, pour un autre mot.

- Cheval.

- Quoi, cheval? Pourquoi? Où est le cheval? »

 

 

 

 

J’aurais pensé qu’il m’entrainerait à l’écurie, mais il se dirige plutôt vers le magasin, pour me désigner du doigt une petite sculpture de bois, installée sur une tablette. Au lieu de me la réclamer, de chigner, il se concentre pour la pointer sans cesse, pour me prouver qu’il a compris ma question. Et, évidemment, Marguerite est absente pour constater le phénomène.

 

 

 

 

 « Joseph, tu ne sais pas ce qui vient d’arriver! Roméo a dit légume! Très distinctement!

- Pourquoi dirait-il légume? Tu parles sans raison, ma femme.

- Je te jure! Viens l’entendre! »

 

Tags: #roméo
 


 
 
 

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