Mario Bergeron, romancier du Québec

posté le 14-08-2019 à 05:30:57

Fin in extremis

 

 

Je viens de terminer la création de Grand-Regard et la jeunesse. Sept mois, c'est un temps normal, pour un roman de 200 pages. Par contre, il s'est passé quelque chose de rare. J'ai certes respecté le plan établi, sauf que ce dernier présentait une anomalie : je ne savais pas comment terminer ce texte.

En cours de route, j'ai pensé qu'un mariage pourrait être une bonne finale, sans qu'elle ne m'enthousiasme vraiment. J'étais rendu à l'avant dernière page quand soudain, j'ai trouvé l'idée! Ouf...

Beaucoup aimé cette création et j'adore le personnage Grand-Regard. Oui, il y aura un troisième roman la mettant en vedette, mais pas tout de suite.

 

 

Voici les principaux personnages de ce roman.

 

MADELEINE LAVIOLETTE, alias GRAND-REGARD : De sa petite enfance, jusqu'à ses 27 ans. Jeune femme inhabituelle pour son époque (Fin 19e siècle, début 20e) qui a un don extraordinaire pour dessiner, puis, à l'adolescence, pour chanter. Rêveuse, elle parle aux étoiles, est fascinée par la lune. C'est une personne de bon coeur, généreuse, mais qui devra affronter des épreuves au cours de sa jeune existence.

 

CONRAD LAVIOLETTE : Père de Grand-Regard. Marié tardivement, cet homme est un artisan talentueux, sculptant dans du bois, construisant des voitures, des petits meubles, qu'il vend dans la capitale, via son association avec un compagnon d'affaires de la grande ville.

 

GERMAINE LAVIOLETTE : Celle que Conrad épousera, bien qu'elle soit de quinze années sa cadette. Une femme qui subira la souffrance de trois 'occasions ratées'. Épouse traditionelle, amoureuse de son jardin, qui communique à sa fille une passion : chanter.

 

Les parents de Grand-Regard vont mourir avant qu'elle n'atteigne quatorze ans. Sans raison particulière pour Germaine, mais, raconte-t-on, Conrad est mort de chagrin suite à la disparition de son épouse.

 

JULIETTE LAVIOLETTE : L'enfant aînée de la famille, bras-droit de sa sa mère dans la cuisine, pour les tâches ménagères. Elle se montrera davantage sévère que sa maman dans l'éducation de cette bizarre Madeleine.

 

ARTHUR LAVIOLETTE : Enfant, celui-là ne rêvait que de chemin de fer. Il deviendra chef de gare de la petite ville au nord du village. Arthur adore Grand-Regard, avec une touchante affection. Le frère et la soeur seront très attachés l'un à l'autre.

LE NOTAIRE : Le notable du village, ancien maire, qui sera à la source de la vocation touristique de Rivière-Aux-Truites. Un homme aimable, qui partagera une passion commune avec Grand-Regard : les étoiles. À l'approche de la soixantaine, le notaire perd la vue et Madeleine est sans cesse près de lui pour lui faire la lecture.

 

 

MADAME NOTAIRE : J'aurais pu lui donnerun prénom, mais j'ai pensé que ceci était rigolo. Femme cultivée avide de lecture, elle se montre généreuse envers tous les enfants, car elle n'a pu apporter à son époux un fils ou une fille. Les deux vont disparaître, rendant Grand-Regard très triste.

 

MADAME OLIVE : Autre personne âgée que Grand-Regard distrait en lui chantant sans cesse les mêmes airs folkloriques. La dame tricote des animaux, des poupées de chiffon, qu'elle donne aux enfants. À la fin de chaque chanson, madame Olive joint les mains, sourit généreusement, puis s'exclame "Que c'est beau!" Tout le temps !

 

 

LE CURÉ XAVIER LAFONTAINE : Il y a deux prêtres, dans le roman. Le premier, un vétéran, n'est guère souriant et, conséquemment, peu aimé par ses paroissiens. Il est remplacé par ce jeune Xavier, tout le contraire. On le voit aux champs pour aider les paysans, à la cuisine pour préparer des tartes avec les épouses et lancer un ballon aux petits. Il y aura une relation familière entre Grand-Regard et cet homme, l'incitant avec patience à transformer ses dessins en peintures (Ce qui se réalisera davantage dans le troisième tome).

 

SOEUR MARIE-DE-L'ADORATION : Grand-Regard passe deux années dans un couvent, afin de devenir maîtresse d'école. L'ambiance est rigide, sauf dans le cas de cette religieuse, botaniste et musicienne, qui touche les plantes avec émotion et joue du piano avec un doux sourire. Elle aidera Madeleine à développer son chant.

 

HECTOR : Le vilain du roman. Premier amoureux de Grand-Regard, lui promettant le mariage, mais qui tentera d'abuser de son "honneur" et annulera le mariage. Blessée, Grand-Regard deviendra hargneuse face aux jeunes hommes.

 

DONATIEN DUPONT : De six années le cadet de Grand-Regard, amoureux fou de la demoiselle. Avec patience et un amour débordant, il réussira à l'intéresser à mesure que le triste souvenir d'Hector s'efface de la mémoire de la belle. Ils vont se marier.

 

DAMASSE ET ÉMILIENNE : Jeune couple analphabète. L'homme désire ouvrir une fromagerie, mais sait qu'il n'y arrivera jamais sans savoir lire ni écrire. Grand-Regard leur enseigne patiemment cette science et est touchée par l'amour du couple, ce qui lui fera changer d'avis à propos de Donatien.

 

LUMIÈRE : Oh... Lumière, qui changera la vie de Madeleine. Voir Grand-Regard et la Lumière.

 

 

LA FINALE ? Oui, le mariage. Cependant, pour plaire à Madeleine et à sa personnalité, la cérémonie aura lieu à minuit. En sortant de l'église, le couple se rend en forêt, pour regarder la lune et les étoiles.

 


Commentaires

 

1. anaflore  le 14-08-2019 à 10:41:33  (site)

tu vas avoir du mal à leur donner la liberté !
moi aussi enfant je regardais la lune et les étoiles et avec les premiers pas sur la lune on a perdu nos rêves!!

2. MarioMusique  le 14-08-2019 à 18:20:03  (site)

Merci d'avoir lu l'article.

 
 
 
posté le 10-08-2019 à 18:51:00

Roméo Tremblay

 

 

Roméo Tremblay apparaît dans onze de mes romans, sans doute aidé par le fait que ce personnage sera centenaire. Il n'est pourtant pas le favori de mes créations. Lors des salons du livre, plusieurs personnes croyaient qu'il s'agissait de  moi-même. Pas du tout! Il n'y a eu aucun modèle, aucune inspiration.

 

Le caractère initial a été créé dans le roman Tremblay & Fils, commercialisé en 1996. Je me suis servi de cette base pour définir son caractère vital, que ce soit pas ses qualités ou par ses défauts. 

Dès sa petite enfance, dans Ce sera formidable, Roméo présente ce qui sera sa caractéristique : c'est un observateur. Dans Tremblay & Fils, on ajoute une sensibilité parfois à fleur de peau.

L'influence principale qu'il aura, au cours de sa vie, ne vient pas de son père,  mais d'un ami de celui-ci : le vagabond Gros-Nez, lequel est aussi observateur et a un bon coeur.

Par contre, sa sensibilité devient son défaut : c'est un homme qui se laisse abattre facilement. De plus, il se montre effroyablement envahissant dans la vie de sa soeur Jeanne.  Roméo sera un père de famille distant envers ses enfants.

Terrassé par les décès consécutifs de sa soeur Jeanne, de son père Joseph et de son fils Gaston, Roméo devient ravagé, mais donnera à sa vie (à partir de la cinquantaine) une dimension absente de ses années de jeunesse : il deviendra beaucoup plus attentif à ses prochains. Le déclic se fait au contact de sa fille Carole et de son petit-fils Martin (dans Contes d'asphalte.) Ce sera sa caractéristique jusqu'à la fin de son existence.

Roméo sera journaliste, écrivain, libraire. Il ne connaitra qu'un seul amour, pour celle qui deviendra son épouse : Céline. Le couple aura six enfants, trois garçons et trois filles. Il aime  beaucoup la lecture, la musique (Un grand admirateur de Charles Trenet!) Il adore sa ville natale de Trois-Rivières.

 

 

L'extrait, de Ce sera formidable. Roméo est un enfant fragile, souvent malade, qui apprendra à parler tradivement, mais dira des mots très francs. Par exemple, il dira "Chien" et non "Toutou". Observant son père Joseph dans sa boutique, il apprend à compter. 

 

 

 

Papa! Il a dit papa! Après maman, j’imagine que c’est dans l’ordre naturel des choses. Il ne prononce toutefois aucun autre mot que ceux qui servent à nous désigner. Cet enfant roule vers ses trois ans, pourtant… Adrien, au même âge, parlait sans arrêt, mais il semble que Roméo ne fera jamais rien comme tout le monde. En janvier, il a souffert d’une grippe si violente que Marguerite a sorti ses prières de l’année précédente, mais en invoquant particulièrement saint Blaise – un spécialiste des maladies, dit-on – pendant que je souhaitais la visite de Gros-Nez avec son plein sac de formules de guérisseur. Le mal est disparu aussi brusquement qu’il était apparu. Roméo regarde avec ses yeux étranges, suit chacun de mes mouvements en bougeant la tête doucement. Il observe. L’enfant ne cherche même pas à toucher, se contentant d’examiner. J’aimerais savoir ce qui lui passe par la tête. Je lui répète les mots des objets ornant les étagères : assiette, serviette, marteau. Tant de choses! Il ne réagit pas. Je compte les caisses d’un nouvel arrivage, en sentant son regard me frapper dans le dos.

  « Un, deux, trois.

- Quoi?

- Un, deux, trois. »

  

J’en échappe ma pipe! Roméo frappe les caisses avec ses petites mains en comptant. Je traverse à la maison en courant et revient avec Marguerite, mais notre garçon refuse de recommencer sa prouesse devant sa mère. Elle soutient qu’il a simplement répété mes mots. Je suis certain qu’il a compté! Il n’avait jamais rien dit d’autre que papa et maman. Pourquoi ces chiffres au lieu des noms de Louise et d’Adrien? Pourquoi a-t-il prononcé si distinctement « trois » sans escamoter le R? Ce petit m’étonne chaque jour un peu plus et je suis surpris qu’il ne s’en rende pas compte. Il passe les cinq jours suivants sans dire un mot, sans compter, ce qui persuade Marguerite que j’ai eu la berlue. J’enquête auprès de papa pour savoir si j’étais ainsi, au même âge. Évidemment, il ne s’en souvient plus, ce qui n’est pas le cas de Lise qui, promptement, me répond que je parlais trop. Pour sa part, Catherine précise que je bougeais tout le temps. Quand Roméo court, rarement, il me donne l’impression de passer d’un point précis à un autre, comme s’il avait médité sa trajectoire, au lieu de partir en tous sens, comme une poule sans tête.

 

 

 « Papa!

- Oui, Roméo. Tu veux compter pour moi?

- Papa!

- Bon, ça va, j’ai compris. Je vais attendre le mois prochain, pour un autre mot.

- Cheval.

- Quoi, cheval? Pourquoi? Où est le cheval? »

 

 

 

J’aurais pensé qu’il m’entrainerait à l’écurie, mais il se dirige plutôt vers le magasin, pour me désigner du doigt une petite sculpture de bois, installée sur une tablette. Au lieu de me la réclamer, de chigner, il se concentre pour la pointer sans cesse, pour me prouver qu’il a compris ma question. Et, évidemment, Marguerite est absente pour constater le phénomène.

 

 

 « Joseph, tu ne sais pas ce qui vient d’arriver! Roméo a dit légume! Très distinctement!

- Pourquoi dirait-il légume? Tu parles sans raison, ma femme.

- Je te jure! Viens l’entendre! »

 

Tags: #roméo
 


 
 
 

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