Mario Bergeron, romancier du Québec

posté le 18-11-2018 à 07:12:52

Bilan : Des trésors pour Marie-Lou

 

 

Le dernier roman de la série Tremblay, du moins pour le 20e siècle de Roméo. Hors le premier de la série, les autres ne suivent pas les sentiers battus. Cependant, celui-ci emprunte des sentiers vraiment peu battus. Le texte répondait à un plan de rédaction extrêmement précis et rigoureux. Le personnage Roméo ne parle pas : il écrit. La première partie est à la fois à la première personne (Marie-Lou) et à la troisième (moi-même). Les seuls dialogues sont entre bibi et Marie-Lou. La plupart du temps pour nous engueuler. Enfin, comme dans la partie 2 de Contes d'asphalte, il n'y a pas de chronologie, si bien que Marie-Lou peut passer de 17 ans à 8, puis continuer à 12. D'ailleurs, bien que les parties soient thématiques, il n'y a pas de séparateurs pour les chapitres. La seconde partie, concentrée sur Isabelle, est ma première expérience de roman sans dialogues. Ceci semble complexe, mais je crois que le tout coule avec émotion et drôlerie.

 

 

La profonde amitié entre Marie-Lou et Isabelle est inspirée de deux adolescentes de 14 ans connues lors de mon stage en enseignement du français.

Les trésors du titre sont les écrits que Roméo a tenus toute sa vie sur les siens, son quotidien et que le patriarche laisse en héritage à la jeune femme, qu'il admire beaucoup car, arrière petite-fille de sa soeur Jeanne, Marie-Lou est aussi une artiste peintre.

 

 

 

Feuille d'évaluation pour ce roman. J'avais eu des bonnes notes ! Le texte était très flatteur. Cliquez pour lire.  Ceci n'a pas empêché l'éditeur de me dire, deux mois plus tard, de ne plus envoyer de manuscrits à son bureau. Le roman n'a eu aucune promotion, si bien que j'ai rencontré des gens se vantant de posséder tous les romans de la série, en ignorant que celui-ci existe. De plus, il n'y a même pas de copie à la bibliothèque de Trois-Rivières.

Un peu plus de trois années plus tard, 700 copies de Marie-Lou seront détruites, avec autant des cinq romans précédents. J'ai alors pleuré comme un enfant, en pensant à tous mes efforts de création, à la quarantaine de salons du livre auxquels j'avais participé, à mes frais, pour faire connaître ces livres.



 

 

L'extrait. Marie-Lou, adolescente, décide de créer un site Internet sur son arrière grand-mère Jeanne. Ma participation est en italique. Notez un de ces dialogues entre nous deux prouvant que je ne m'entendais pas du tout avec cette jeune...


 

 

 

Je me souviens de l’émotion ressentie quand, à sept ans, dans l’ancien temps des années quatre-vingt, Roméo m’avait donné un ordinateur qu’il avait acheté, croyant que cet appareil l’aiderait à améliorer ses écrits. Il était vite retourné au papier et à l’encre, ayant du mal à se démêler dans tous ces boutons. C’était mon premier ordi. Ma mère n’aurait jamais pensé en acheter un, elle et ses maudits pots de terre cuite. Ce cadeau de Roméo m’avait permis de me familiariser avec les fonctions de base. Depuis, j’ai eu un autre ordinateur, puis ce super pentium performant. Je le paie en vendant des dessins, des T-shirts et en travaillant les jeudis et vendredis soirs au magasin de ma mère.

 

 

Je connais tout d’Internet. J’ai rapidement débuté l’élaboration de ce site sur Jeanne. Roméo est très vieux et s’il fallait qu’il me quitte sans avoir vu le site sur sa sœur, je me sentirais malheureuse. Bien sûr, les grands musées du Québec ont consacré des expositions à ses œuvres et les Archives nationales conservent la majorité de ses tableaux, à l’abri du temps qui pourrait les abîmer. De plus, Roméo a écrit un livre sur la vie et la carrière de Jeanne. Il existe aussi un bouquin sur ses plus belles peintures. Le nom de Jeanne figure dans les encyclopédies d’art où on la considère comme une grande portraitiste du vingtième siècle au Canada. Ce n’est pas rien ! Et moi, Marie-Lou Gauthier, qui lui ressemble physiquement, qui suis aussi peintre, je sens que mon devoir consiste à créer ce site de communication moderne pour faire ma part dans l’hommage posthume que Jeanne mérite tant. Je possède beaucoup de dessins inédits, dont plusieurs qui datent de son enfance. Je pense aussi à ces magnifiques dessins au crayon réalisés vers la fin de ses jours, alors qu’elle racontait les principales étapes de sa vie. Voilà de beaux documents à insérer dans son site Internet.

 

 

Marie-Lou travaille très fort et ses bonnes intentions ne peuvent trahir ses sentiments sincères à l’endroit de Jeanne. Cependant, le français écrit est pitoyable, malgré les conseils d’Isabelle. Les propos sont souvent peu matures, pas toujours sages et on sent une trop grande partisanerie.

 « Ça suffit, les insultes ! Le français, il est très bien ! Et puis sur Internet, les gens regardent plus qu’ils ne lisent !

- Ce n’est pas une raison pour négliger cet aspect de ton travail. Tu fais tout le reste sérieusement et la lecture de ton texte vient gâcher ce que les gens voient.

- Est-ce que c’est de ma faute ? À l’école, les cours de français sont pourris ! J’aimerais qu’ils m’enseignent à écrire comme il faut au lieu de passer trois semaines sur une compréhension de texte, avec ses objets, son destinateur, son destinataire et toutes ces cochonneries !

- Tu trouves un bouc émissaire au lieu de faire l’effort de lecture qui aide tant l’écriture.

- Je lis souvent !

- Tu lis Internet.

- J’ai ma carte d’abonnée à la bibliothèque municipale.

- Pour emprunter des disques de blues et des bandes dessi­nées.

- Je ne veux plus t’entendre ! Ma spécialité, c’est la peinture ! Et puis, tu sauras que mes cours de français ennuyeux, je les réussis ! Sur un ordinateur, il y a toujours un correcteur d’orthographe et de grammaire.

- Mais pas de syntaxe.

- La quoi ? Ah ! va-t’en ! Tu m’énerves ! »

 

 

Tags: #marie-lou
 


Commentaires

 

1. chocoreve  le 22-11-2018 à 22:17:40

700 copies détruites ?
après une évaluation pareille ?
comment peut-on rebondir là-dessus ?
Le monde dans lequel tu vis est cruel !

2. MarioB  le 23-11-2018 à 02:16:46  (site)

Les livres sont de moins en moins disponibles, parce qu'il y en a trop et que les entrepôts ne peuvent prendre la même expansion.
Le jour où les gouvernements vont cesser de subventionner les éditeurs, tout va s'écrouler.

3. chocoreve  le 23-11-2018 à 16:00:50

40 visites ici et 2 personnes qui commentent ...

Il faut dire que tes articles sont extrêmement riches, et qu'il y aurait matière à les commenter plus précisément, c'est peut-être ce qui freine les personnes qui lisent et repartent sans mot dire ?

Moi je ne peux repartir sans une réflexion, si simple soit-elle ... mais je me fais violence pour appuyer sur la touche "Poster" car j'ai l'impression de passer à côté de tellement de choses !

4. Marioromans  le 24-11-2018 à 00:00:24  (site)

Ta présence me donne l'impression de ne pas faire ceci pour rien.
Les blogues me paraissent de plus en plus futiles. J'ai commencé tout ça en 2008 dans un lieu du nom de Multiply et j'échangeais avec une douzaine de personnes, mais tout ça irait en diminuant sur d'autres plateformes, dont une traversée du désert sur Ekla.
Un jour, je le sais, je vais cesser cette activité.

 
 
 
posté le 12-11-2018 à 07:24:38

Bilan : Les Fleurs de Lyse

 

 

Ce roman est une bande dessinée, avec des personnages et des situations volontairement caricaturales. Il est aussi, pour la série Tremblay, mon effort le plus masculin. Oh, il y a certes des roses le long de la route, mais les personnages vedettes sont des bleus. C'est aussi mon roman rock & roll. Je l'aime beaucoup, mais pas dans sa forme publiée, qui me rappelle des mauvais souvenirs.

Pour la première fois, l'éditeur a chialé. Son droit, notez bien, car après tout, c'est son produit. On m'a reproché l'aspect voyou trop prononcé de Baraque Bordeleau et les liaisons trop abruptes de la seconde partie. J'ai dû apporter des modifications, assez rapides, mais qui avaient retardé la mise en marché et qui auraient pu m'empêcher de participer aux deux salons du livre les plus lucratifs : à Trois-Rivières et en Abitibi. J'ai réussi à gagner ce point et je me sentais en mauvaise position pour aboyer car ils changaient encore le titre, pour une mauvaise idée. En effet, le personnage Lyse n'apparaît que dans la seconde partie, après 300 pages. Le vrai titre représentait le contenu entier du roman : Cheveux longs et cheveux gris. Bien sûr, quand je suis redevenu propriétaire de mon texte, j'ai remis les choses en place.

Comme j'ai pu appuyer ce livre par des présences aux salons l'année suivante, j'ai pu entendre des réactions qui m'ont surprises. À cause de l'aspect mâle, je croyais que les femmes n'aimeraient pas le roman. Pas du tout! Elles ont adoré ça. De plus, huit fois sur dix, les visiteurs croyaient que le chevelu de la page couverture était moi-même. Enfin, comment oublier cet homme de l'Abitibi qui cherchait les 45 tours des Indésirables? Je crois que tout le monde s'est amusé, avec ce roman.

 

 

Je n'ai jamais eu profusion de critiques pour mes romans, mais ce ne fut jamais négatif. Celle-ci est la meilleure. Non seulement le journaliste a tout compris, mais il s'est amusé lui aussi. Cliquez pour mieux voir.

 




 

L'extrait! Les Indésirables n'étaient pas de tout repos, comme tout bon groupe de rock. Il y avait des crises, des prises de bec, surtout quand ils devaient se frotter aux excès de Baraque. Voici que Johanne, quinze ans et présidente du fan-club, décide qu'avec ses copines, elle allait chanter avec la formation. Baraque est très content, car il aime tant les filles! Mais voyez ce qui va se passer...



« On va chanter un Supremes, un Shangri-Las, un Pixies Three, un Milady’s et aussi France Gall.         

- France Gall ? Tu vas chanter France Gall ? Tu ressembles à France Gall et tu vas chanter France Gall ?        

- Oui. Si ton espèce d’orchestre niaiseux ne veut pas nous accompagner, on va trouver d’autres musiciens et ne pense même plus à mon anniversaire de naissance, là là.        

- Mes chums ! Vous vous rendez compte ? Un groupe de filles avec nous! Des vraies filles et elles vont chanter France Gall ! Dans mes bras, babies ! »         



Comme Baraque décide à son tour de faire la grève suite à notre refus radical, deux jours plus tard, nous sommes en train de chercher des arrangements pour les chansons des filles, sous le regard attendri de grand-père Roméo. À cause de sa présence, Charles et Mike font un effort surhumain pour se montrer intéressés. Je comprends que ce sont des sœurs qui leur enseignent les harmonies vocales : elles chantent comme des nonnes ! Elles n’ont aucun sens musical !

Baraque grogne comme un roi quand Johanne entonne Nous ne sommes pas des anges de France Gall.        


« C’est bon ! Stiffie que c’est bon ! Baraque est au paradis ! Je vais devenir fou à vous entendre !         

- Merci, Baraque. T’es bien gentil, là là.        

- Quel show ça va être avec vous trois ! J’en ai mal juste d’y penser ! J’crois aussi que vous devriez trouver un nom pour vot’ groupe. Un beau nom pour les plus belles des filles !        

- Eh bien, on y a pensé, là là. Comme nous allons chanter avec les Indésirables comme musiciens, on a décidé de s’appeler les Désirables.        

- Les Désirables ! AAAAA ! Ça, c’est un beau nom ! »        



Je m’étouffe dans ma pomme, tousse en titubant vers Johanne pour lui expliquer que trois filles de quinze ans ne peuvent pas se baptiser les Désirables, ne doivent surtout pas s’appeler les Désirables. Je n’ai pas le temps de terminer que Charles, à bout de nerfs, nous surprend tous avec une de ses rarissimes colères. Le taciturne, lunatique et trop calme Charles lève le ton pour engueuler Baraque, nous ramener à l’ordre et chasser les filles de façon irrévocable. Johanne sort du garage en pleurant.        


« T’as fait pleurer une fille, maudit guitariste !        

- On ne joue pas avec les filles !        

- Je joue avec les filles depuis que je suis petit !        

- Pas de filles dans l’entourage du groupe !        

- Toutes les filles dans l’entourage du groupe, stiffie ! »        


Baraque bouscule Charles, qui pousse Mike, pendant que Gilles, tentant d’émettre son opinion, est arrêté par les trois autres. Je soupire, jette ma pomme, veux prendre la main de Julie pour m’éloigner de ces imbéciles, mais elle refuse mon invitation.

 

« Comme les garçons sont puérils !        

- Oublions ça, Julie, et...        

- Les filles ont le droit de s’exprimer !        

- Oui, tu dis vrai. Par contre, Charles a un peu raison. Aussitôt qu’une fille se mêle à un groupe, c’est un paquet d’ennuis.        

- Quoi ? Tu oses me dire une telle horreur ? À moi qui ai écris vos stupides chansons ? Et ta sœur et ses amies qui dépensent tout ce temps bénévolement pour s’occuper de votre fan-club ?        

- Ne te fâche pas.        

- Ad augusta per augusta !       

- Quoi ?         

- À des résultats grandioses par des voies étroites !

- Voilà autre chose ! »

 

 

 

Au début de l'extrait, le nom de Pixies Three est cité comme faisant partie du répertoire des filles. Qui étaient-elles? Un obscur groupe féminin  américain ayant rencontré des succès minuscules dans leur pays, mais qui furent numéro 1 à Trois-Rivières. Johanne ne les nomme donc pas pour rien. Cherchant des renseignements  à propos de ce trio 1962-1965, j'ai eu la surprise de trouver un site Internet, avec photos d'époque, et aussi sur le présent de ces ex-adolescentes devenues femmes dans la cinquantaine et qui donnaient encore des spectacles. Alors, j'ai pris la peine de leur écrire pour parler de leur succès à la radio de ma ville et leur dire que le nom de leur groupe était cité quelques fois dans mon roman. Une des femmes m'a répondu, posé des questions et, surprise, m'a demandé de lui vendre une copie, même si elle ne parlait pas français. Amusante anecdote, non ? Les voici, avec Birthday Party, de 1963.

 

 

 

 

Tags: #rock
 


Commentaires

 

1. chocoreve  le 16-11-2018 à 23:30:52

Cette critique est en effet excellente !
Tes articles ici, sur chacun de tes romans, ont des histoires incroyables.
Je pense qu'il serait intéressant que tes lecteurs puissent les lire, tu vois un peu comme ceux qui regardent des films en DVD, peuvent voir ce que l'on appelle des "bonus" à la fin des films ...
Moi quand j'aurai lu "perles et chapelet" je relierai ton article.

2. Marioromans  le 17-11-2018 à 05:15:52  (site)

Il n'y a que deux personnes qui viennent ici et aucun n'est de cette plateforme. Je sais que t'as déjà été ici... Je me doute de l'identité de l'autre inconnue : c'est une éditrice qui a refusé un de mes manuscrits en octobre et elle avait réclamé mes résumés et caractéristiques de ce que j'ai chez moi. Je lui ai envoyé et depuis, il y a eu près de 40 visites, sans commentaires.

Les romans cachent toujours quelques choses. J'avais un ami et j'avais tendance à identifier un de ses personnages à son épouse. Il m'avait répondu que j'avais raison.

 
 
 
posté le 05-11-2018 à 06:27:40

Bilan : Contes d'asphalte

 

 

 

Des six romans d'origine de la série Tremblay, celui-ci est mon préféré. D'ailleurs. lors de mes présences aux salons du livre, j'insistais auprès de livre, faisant dire à la responsable du kiosque : "Ça paraît que tu l'aimes, celui-là." Réalité davanage complexe et voici le secret. Lors de la préparation, l'éditeur a de nouveau voulu changer le titre. Cette fois. j'ai répondu promptement NON, suivi d'une quasi  engueulade au téléphone, se terminant par : "D'accord, mais tu vas l'assumer, ton titre imbécile!" Ceci m'avait très peiné. car pour assumer ces romans, j'avais participé, à mes frais, à une presque trentaine de salons du livre. Une façon de lui prouver qu'il avait eu tort était d'en vendre plus que les autres. Sa façon d'avoir le dernier mot consistera à faire peu de promotion pour les deux livres suivants, puis de me larguer.

Contes d'asphalte est d'abord une histoire d'amour, puis une histoire d'enfance. Un point commun : la présence d'un véritable personnage : le curé Chamberland, religieux pragmatique qui avait organisé une coopérative d'habitations ouvrières, transformant un quartier de taudis en un lieu sain, de fierté et d'entraide. On peut voir ces maisons, sur la page couverture.  Mon salaire a été reçu lors des salons du livre de Trois-Rivières, alors que beaucoup de gens, ayant connu le prêtre, m'ont dit : "Il était vraiment comme vous le décrivez."

 

 

Du point de vue stylistique, la partie Carole suit la norme romanesque. La seconde partie, concentrée sur son fils Martin présente une approche différente : douze chapitres thématiques, pour chaque mois de l'année. De plus, il n'y a pas de chronologie, si bien que lors d'un chapitre, la petit Martin a 7 ans et 10 dans le suivant, pour revenir à 8, etc. Tous les chapitres débutent par une histoire sortie de l'imagination du garçon et se terminent par un conte narré par son grand-père Roméo. Je ne m'en cache pas : Martin ressemble beaucoup au petit Mario que j'étais.

 

 

C'est un roman touchant, amusant, positif et je l'aimerai toujours, vraiment à jamais.

 

 

 

 

La version Québec Loisirs. Ces gens changaient la page couverture, mais ne touchaient pas au contenu. Cinq des six romans de la série Tremblay seront publiés par ces gens. Le fait d'avoir recours à des commandes postales permettait à des personnes de régions éloignées de pouvoir acheter mes livres. C'était aussi le cas pour les francophones des provinces anglophones du Canada. Bref, les livres se vendaient davantage que par la voie de l'éditeur, mais QL sabrait beaucoup dans le droit d'auteur.

 

 

 

 

 

L'extrait. Carole est une jeune enseignante, avec un handicap aux jambes. Dans le quartier Sainte-Marguerite, elle rencontre l'ouvrier Romuald, un véritable... homme à marier. L'amour fou que lui porte Carole a ses débordements rares, pour la fin des années 1940. Baptisons cet extrait : le désir.

 

 

Ce samedi soir, Carole constate qu’elle se trouve seule à la maison, son frère Christian étant parti chez son amie de cœur et maman Tremblay ayant décidé de veiller puis de coucher chez sa sœur, au Cap-de-la-Madeleine. Carole ne se souvient pas de la dernière fois où une telle situation s’est produite. « C’est maintenant ou jamais ! Il le faut ! Il le faut ! Je ne peux plus tenir ! » se dit-elle, crispant les poings et pensant à Romuald. Et dire que la veille, la jeune Tremblay a refusé son invitation à sortir sous prétexte qu’elle a du travail ! Carole rage en pensant qu’il n’a pas le téléphone. Elle s’habille chaudement pour affronter le verglas d’hiver. Les trottoirs sont glissants et elle doit se tenir contre un poteau de téléphone en attendant l’autobus, qui arrive avec douze minutes de retard. Dans le véhicule, elle enlève son foulard trempé en se demandant pourquoi le conducteur ne va pas plus rapidement. Lorsqu’elle descend près de l’école, Carole prend son courage à deux mains avant d’affronter la chaussée dangereuse de la rue Sainte-Marguerite. Elle pense à ces deux milles à marcher avant d’arriver chez Romuald. Après être venue près de trébucher à trois reprises, elle abandonne le trottoir au profit de la rue. Vingt pieds plus loin, elle tombe à la renverse, se fait mal aux coudes, puis se relève, rattrape sa canne et continue avec plus de vigueur. Carole essaie de marcher avec fermeté, mais glisse à quatre autres occasions. Enfin, elle atteint son but ! Elle cogne vivement à la porte. Pierrette lui répond.

 

 

 « Mon frère ? Il est parti jouer aux quilles avec des gars de son usine.

- Où ? Je dois savoir où !

- Je ne sais pas. Mais entre donc, tu es trempée. Je suis seule avec Lucienne et c’est ennuyeux ici, sans radio. On va parler.

- Je ne peux pas rester. Tu connais ses amis ? Tu as leurs numéros de téléphone ?

- Qu’est-ce qui se passe de si urgent ? Pas de la mortalité dans ta famille, j’espère ! »

 

 

 

Carole ne récolte rien de Pierrette et retourne tout de suite dans la rue Sainte-Marguerite, transformée en véritable patinoire. Voilà le vent qui se mêle à son périple casse-cou, poussant la pluie glacée dans son visage rougi par la froidure, mais n’atteignant pas son corps encore si chaud de désir. Et l’autobus qui tarde à venir ! Soudain, une automobile approche. Carole reconnaît celle du curé Chamberland.

 

 

 

 « Où allez-vous, mademoiselle Tremblay ?

- Au centre-ville, monsieur le curé.

- Montez. »

 

 

 

Carole ne refuse pas. Le prêtre est accroché à son volant, le nez avancé pour mieux voir à travers son pare-brise. Au premier feu rouge, il a un geste d’impatience qui étonne Carole. « Je déteste la pluie en hiver ! Ce n’est pas logique ! En été, il pleut ! En hiver, il neige ! Pas la pluie en hiver ! Est-ce qu’il y a de la neige, en été ? C’est illogique ! » Une fois le feu vert venu, le curé pèse promptement sur sa pédale et les roues de l’automobile glissent sur place, avant de mordre un bout d’asphalte en un hoquet criard.

 

 

 

 « Vous arrivez de chez le jeune Comeau ?

- Oui.

- Êtes-vous en amour avec lui ?

- Ceci, monsieur le curé, m’est personnel.

- Ne montez pas sur vos grands chevaux ! Je ne fais que poser une simple question.

- Un curé doit tout savoir, n’est-ce pas ?

- Tout savoir ce qui est bon pour la paix de sa paroisse. Romuald Comeau est un garçon de cœur. Qu’il fréquente la jeune maîtresse d’école me réjouirait. J’espère qu’il va vous aider.

- M’aider ? À quoi ?

- À trouver la paix.

- Monsieur le curé, auriez-vous la gentillesse de me reconduire jusqu’à la rue des Forges et ne pas essayer de me psychanalyser ?

 

(...)

 

 

Carole sort de l’auto les larmes aux yeux. La pluie tombe de plus belle et la jeune femme l’accompagne de son propre torrent, marchant avec peine afin de visiter chaque salle de quilles de la ville. Rien ! Rien ! Et rien ! Il est presque dix heures et son frère Christian est sans doute sur le point de revenir à la maison. Carole dépose les armes et saute dans un taxi pour regagner son foyer. Elle se sèche, pleure encore, lance sa canne contre un mur, prend une grande gorgée de jus de pomme et fait couler un bain. L’eau chaude sur son corps la calme un peu. Elle s’installe au salon avec un livre, se demandant pourquoi Christian a un si long retard. Il revient à minuit. Carole vient de perdre deux heures qu’elle aurait pu passer avec Romuald, pour qu’il apaise son envie.

 

 


Commentaires

 

1. chocoreve  le 11-11-2018 à 15:59:12

Pourquoi ce titre ?
asphalte étant synonyme de bitume ... cela voudrait-il dire "histoires de rue" ... ou du "chemin d'une vie" ...

2. Marioromans  le 12-11-2018 à 00:27:45  (site)

Simple à expliquer. Il y a certes un aspect conte dans l'histoire d'amour entre Carole et Romuald. Ajouton que la coopérative d'habitation ouvrière a aussi un côté conte de fée, alors que des ouvriers sous-payés devenaient propriétaires de maisons, bâties bénévolement par des hommes parfois inconnus du futur propriétaire. De plus, les fables racontées par Roméo au petit Martin sont aussi des contes.
L'asphalte ? Ce quartier a vécu des années sous les coups de marteaux et le bruit des scies. On ne peut imaginer roman plus urbain.
L'éditeur croyait que le mot asphalte était inconnu des gens de France. Pourtant, il n'y avait aucun effort de sa part pour faire connaitre ces romans en France. De plus, deux ou trois années plus tard, une romancière française a fait paraître un livre du même titre, mais au singulier.

3. chocoreve  le 16-11-2018 à 22:52:24

Bien sur ! je comprends mieux ...
ce titre résume parfaitement bien le contenu du roman,
Merci

 
 
 
posté le 03-11-2018 à 04:22:37

Bilan : L'Héritage de Jeanne

 

 

Réunion de deux textes, selon la formule proposée par JCL et acceptée par moi-même, mais sans doute la rencontre la plus inégale de la série. À l'origine, la partie 1 n'existait pas. Dans un tel cas, la partie 2 serait devenue la première de Contes d'asphalte et je n'y tenais pas du tout. Comme il me restait des années inutilisées pour les 1930 et un personnage tout à fait libre, j'ai écrit la courte saga de Simone en... deux semaines. Et cet empressement paraît beaucoup, à cause de trop nombreux dialogues, de répétitions caractérielles. Comparé à la partie Renée, c'est profondément inférieur et banal.

 

 

La partie Renée, c'est un feu d'artifice incessant de drôlerie, d'originalité, de créativité. La dynamique Renée parle en italique autant à Cary Grant qu'au premier ministre du Canada, ses nombreuses amies portent toutes des surnoms (J'y reviendrai), la situation du Québec en guerre est historiquement bien décrite et, cela va de soi, ce roman se termine au paradis. Mon idée première était de faire un roman rock & roll en me servant de l'époque jazz big bands. Benny Goodman remplace les Rolling Stones! Malgré la drôlerie parfois loufoque, c'est un texte sur la perte des idéaux de jeunesse, faisant en sorte que Renée devient mature en prenant le plus tendre soin de sa tante Jeanne malade. J'adore ce que j'ai créé et considère cette section comme la seconde mieux réussie de la saga de Roméo Tremblay.

 

 

 

 

 

 

Vous aurez noté que les romans de cette série n'ont qu'un modèle de pages couvertures. Je fournissais à l'éditeur une photo ancienne de Trois-Rivières et ils décidaient de celle qui figurerait dans le médaillon. Sauf dans ce cas. Ils ont prêté oreille à ma suggestion. Le personnage du médaillon est ma mère Lucienne, alors âgée de 17 ans. Pas que maman soit l'équivalent de Renée, mais sa coiffure était si typique des jeunes femmes des années 1940. J'ai toujours adoré cette photo!

 

Le hic est qu'elle ne voulait pas qu'on pige dans ses trucs. Alors, j'avais profité d'une de ses rares absences pour m'emparer de la photo, me presser à en faire une photocopie, remettre l'originale dans son album. L'éditeur a accepté la photo, l'a retouchée, puis inversée. Ma mère l'a su en voyant le livre la première fois. Elle était... furieuse! Réaction de courte durée, car une demi-heure plus tard, elle téléphonait à sa soeur pour dire que "Mario a mis ma photo sur son livre."

 

 

 

 

L'extrait, maintenant. J'ai tant vanté Renée, mais je me tourne vers Simone, parce qu'une scène de ce type est rare dans les 'romans historiques'. De plus, ce texte présente le second personnage mâle le plus dégueulasse de toutes mes créations. Lisez l'extrait et vous verrez pourquoi. 

 

 

Il y a tant de gens, chez lui comme chez elle, et l’intimité d’un couple ne peut se manifester dans les rues ou dans les salles de cinéma, même si certains mal élevés ne se gênent pas pour profiter de l’obscurité de ces lieux. François sait l’embrasser avec un si profond amour. Simone sent contre elle la poitrine dénudée de François, alors que sa respiration devient haletante. Dans un soupir, elle le décoiffe et plante ses ongles dans ses épaules, percevant contre elle, malgré elle, la transe pécheresse du garçon. Le long baiser terminé n’a pas le temps d’agoniser qu’un « Je t’aime » râlé en fait naître un nouveau, plus profond, davantage chaud. Simone sent ses jambes devenir molles, et François, pour reprendre son souffle, lui chuchote à l’oreille des « Je t’aimerai toujours » avant de retourner à ses lèvres brûlantes. Il serre la taille de Simone et ses mains se posent sur les fesses de son amoureuse, geste la faisant sursauter, alors qu’il plonge avec plus de gourmandise dans sa bouche. Il renverse la tête de l’adolescente, mêlant ses cheveux d’une main rebelle, tandis qu’il descend de plus en plus ses doigts pour atteindre l’ourlet de la robe, qu’il retrousse rapidement pour faire glisser un pouce à la source du bas de soie. Un toucher, pressé et fébrile, frôle le rebord du sous-vêtement, puis il tire avec vigueur, pendant que Simone harponne avec fougue le dos de François, pleurant son amour en de courts aveux interrompus par d’autres baisers. Elle sent l’insistance pressée de François près de son ventre, quand, tout à coup, il guide la main de son amoureuse vers le bas de son dos, et, d’un geste sec, fait baisser son pantalon. Simone arrondit les yeux, et sa bouche ouverte n’arrive pas à exprimer son soudain effroi. François s’empare du haut de la robe, qu’il anéantit avec violence. Le cœur de Simone hurle « Non ! » alors que ses lèvres murmurent « Oui », tandis qu’il répète, tel un leitmotiv, ses « Je t’aime » teintés de sanglots désespérés.

 

Cette chaleur, si souvent devinée et jamais confessée, sans crier gare, lui déchire le corps en une pression inouïe. Elle laisse s’envoler un petit cri vite étouffé par la bouche de François, guerrière, reconquérant ses lèvres. Simone sent ce mal atroce une fois, deux fois, trois, quatre, tant de fois, se transformant en une sensation hors de ce monde. Elle renverse la tête, alors que les mains de François libèrent les seins généreux de leur prison, vite reconquis par les paumes douces du garçon. Tout l’être de Simone n’en peut plus de basculer dans ce précipice amoureux. Une plus forte insistance fait crier Simone, mais les mains de François quittent les monts aux faîtes pointus pour se précipiter sur sa bouche, et, soudainement, si soudainement, Simone sent son corps reculer et elle tombe sur un vieux divan, alors qu’il se retrouve sur le plancher, s’emparant à toute vitesse de son pantalon. Simone cache sa poitrine, pendant que sa tête, transformée en girouette, cherche sa robe. Elle l’enfile, alors qu’il s’est installé sur une chaise, le front entre les mains. Elle approche, titubante, ivre, pose ses doigts contre son dos, puis embrasse délicatement la peau humide de sueur. Simone renifle comme une fillette, alors qu’à sa grande surprise, François se dégage promptement de son emprise. À genoux face à lui, Simone regarde son visage, qu’il cache de nouveau, balançant la tête dans un mouvement négatif de plus en plus rapide.

 

 « C’est épouvantable ! C’est épouvantable, Simone ! Qu’est-ce que tu m’as fait faire là ?

- Je… je ne sais pas…

- Mais oui, tu le sais ! C’est comme ça que tout a commencé, au paradis terrestre ! C’est Ève qui a tendu la pomme à Adam ! Depuis toujours, nos guides, nos enseignants, nos saints hommes nous mettent en garde contre cette pomme ! Et toi, toi que j’aime tant, que je désire de tout mon cœur comme mon épouse honnête et propre, comme la future mère de mes enfants, toi, tu… tu… tu m’as tendu la pomme ! Pourquoi m’as-tu obligé à faire ça, Simone ?

- Je… je… Pardonne-moi, François.

- J’ai honte ! J’ai si honte de ce grand péché que tu m’as fait faire ! Va-t-en !

- François, mon amour…

- Va-t-en !

- Tu… tu ne veux plus de moi ?

- Laisse-moi ! »

 

 

Au cours des semaines suivantes, Simone deviendra parano, pleurera sans cesse, croyant que tout le monde qu'elle croise est au courant de 'son péché'. Son père Roméo a du mal à comprendre ce qui arrive à sa fille,  mais l'aveu honteux de Simone permettra à la jeune fille de se rendre compte que c'est son amoureux, le responsable. Aidée par Roméo et par sa soeur Renée, l'adolescente chassera la honte et fera preuve d'une confiance inhabituelle. Dans la seconde partie du roman, Simone épousera François et ce ne sera pas une union heureuse...

 

Tags: #renée
 


Commentaires

 

1. chocoreve  le 03-11-2018 à 17:43:45

Cette photo de ta maman est magnifique … et son histoire toute autant !
On comprend bien pourquoi le mariage de Simone et François ne sera pas heureux …

2. Marioromans  le 03-11-2018 à 19:02:59  (site)

Ma mère était d'une famille ouvrière. Comme beaucoup de gens de cette classe, il n'y avait pas d'appareil photo à la maison. Une fois par année,elle se rendait chez un photographe pro pour une photo soignée, qui trônait au salon. Ses soeurs faisaient la même chose. Il nous reste donc plusieurs phoros de ce temps, mais j'aime celle-ci. D'ailleurs, je l'ai fait agrandir et déposer sur un laminé, l'ai accrochée dans ma chambre à coucher.

 
 
 
posté le 31-10-2018 à 06:51:35

Bilan : Perles et chapelet

 

 

 

La réunion de deux romans en un seul volume nous porte à 543 pages, le plus volumineux de mes livres publiés et même parmi ceux qui n'ont pas été commercialisés. Je me sens toujours content de ce livre, parce qu'il est le premier à sortir de la norme sans surprise jusqu'alors présente dans la série Tremblay. En vedette : les deux soeurs Jeanne et Louise, le jour et la nuit, qui ne s'apprécient guère. Aussi : deux époques contradictoires, avec la folie des années 20 et l'austérité de la grande dépression de la décennie 1930.

À cette image, la partie Jeanne est pleine de dynamisme, d'inversions, de points d'exclamations, de phrases longues et saccadées, rythmées comme la vie de Jeanne et comme le bébé jazz. Dans la partie Louise, je fais place à une approche davantage conservatrice, comme le personnage et sa situation.

Dans les deux parties, pour séparer les chapitres, je fais d'abord appel à des interventions de personnages de décor, qui nous racontent surtout que Jeanne est une incroyable menteuse. Pour la seconde partie : de véritables extraits du journal Le Nouvelliste, relatifs à la crise et au projet de colonisation de l'Abitibi et du Témiscamingue par les chômeurs. De fait, ces extraits du journal ont formé le squelette de mon histoire.

Perles et chapelet a été apprécié par le public et  j'ai aussi eu droit à une formidable critique dans une revue littéraire et, dans les deux cas, le personnage à rebrousse-poil de Jeanne a été applaudi. Depuis, il y eu des retouches, question d'améliorer le texte. Publié ou non, un roman n'est jamais terminé.

 

 

 

 

 

La copie européenne du roman. Je crois que la page couverture est réussie et attrayante. De nouveau, malgré 6000 copies vendues, ce fut pour ces gens un échec. Je n'ai jamais eu de relations avec cette maison d'éditions, bien que j'ai tenté de le faire. J'ai aussi apprécié qu'on cite "Au bout de leurs rêves", le titre d'origine du livre. Cependant, j'ai bien accepté la suggestion Perles et chapelet de l'éditeur.


 

 

L'extrait. Il débute avec une citation du journal local, marquant la fin d'un chapitre et le début d'un autre. Le nom de Brouillette n'est pas choisi au hasard. Il y avait bel et bien un homme de ce nom, chômeur de Trois-Rivières, se laissant tenter par l'aventure de la colonisation d'un lieu du nom de  Montbeillard. Louise se sent certes contente pour cet homme et sa famille. 

 

 

Le mouvement de retour à la terre prendrait-il enfin corps? On prétend que le Conseil adopterait une politique finale à ce sujet à la séance de ce soir. Le gouvernement accepte de choisir une centaine de familles aux Trois-Rivières pour les placer immédiatement sur les riches terres du Témiscamingue, selon les informations que nous recevons de monsieur l’abbé E. Moreau, missionnaire colonisateur pour cette région. Ce dernier sera à l’hôtel de ville demain matin à neuf heures pour commencer le choix des familles, si le Conseil accepte de participer au mouvement.

Le Nouvelliste, 19 septembre 1932.  

 

 

 

Napoléon Brouillette est un chômeur parmi tant d’autres. Louise le connaît bien car, jadis, il venait chercher ses cigarettes au Petit Train et il en profitait pour toujours acheter des sucreries à ses enfants. Depuis le début de la crise, mademoiselle ne l’a jamais revu. Puis, un mardi soir, il arrive avec sa femme et ses petits. Cette clientèle surprise fait sursauter Louise, Joseph et Honoré. Napoléon commande à Louise du cola pour tous ses enfants, du café pour lui-même et un thé pour son épouse.

 

 

« Mademoiselle Tremblay, je viens dire adieu au quartier Notre-Dame et la plus belle façon de le faire est d’offrir ce festin à ma pauvre famille qui n’a pas eu de gâteries depuis trop longtemps.

- Un adieu? Où allez-vous donc, monsieur Brouillette?

- À Montbeillard au Témiscamingue, mademoiselle.

- Oh! vous êtes donc du groupe?

- Oui, mademoiselle. Je pars avec mon aîné, puis ma femme et les enfants vont venir nous rejoindre plus tard, quand on aura défriché une partie de mon lot et qu’on aura bâti notre camp. En attendant, le gouvernement fournit les pitons à mon épouse. Je suis arrivé à Trois-Rivières en 1910 par le train et je suis venu tout de suite me désaltérer à votre restaurant. Aujourd’hui, je viens faire la même chose, mais dans le sens contraire. »

 

 

Depuis le début de l’automne, les Trifluviens ne parlent que de cet événement. Le gouvernement de Bennett veut développer des régions et offre aux chômeurs urbains des terrains à des conditions avantageuses, en plus d’une aide pour les cinq premières années. Le mouvement est surnommé «Le retour à la terre» et les curés en parlent avantageusement. Ce n’est pas le premier venu qui peut partir! Les responsables mènent une enquête scrupuleuse. Les hommes vigoureux et pères de famille sont favorisés, surtout s’ils ont marié une femme courageuse et débrouillarde. L’homme doit aussi posséder des prédispositions pour l’agriculture. Ainsi, les anciens fermiers installés dans les villes sont acceptés à bras ouverts.

 

Honoré, tout souriant, ne peut s’empêcher d’approcher cette famille heureuse. Louise leur dit qu’ils sont chanceux et qu’enfin ils ne connaîtront plus la misère de la ville. Napoléon Brouillette semble réfléchir à la question...

 

 

« Pour ce qui est de la misère, mademoiselle, il faut pas penser qu’on s’en va au paradis. Ça va être dur, les premières années, mais au moins je me dis que je vais être chez moi.

- Je suis certaine qu’avec l’aide du bon Dieu, vous allez réussir.

- C’est vrai. Avec l’aide du bon Dieu et de Bennett. »



 

 

Louise a hâte au lendemain matin pour voir ces hommes et leurs fils arriver à la gare et attendre leur bienheureux départ. Elle a même la bonne idée de sortir une table sur le trottoir et de préparer du chocolat chaud et du café à donner à ces colons. Elle s’est vêtue de sa plus belle robe et Honoré porte son habit du dimanche. Tous les curés de la ville sont là pour bénir les colons et leur souhaiter bonne chance. Le maire Robichon arrive avec quelques échevins et des commissaires d’école, puis Roméo dans son rôle de journaliste. Le problème est que tous ces dignitaires profitent de la générosité de Louise et que les colons ne se présentent pas, le départ étant remis à plus tard, car il vient de tomber quinze pouces de neige sur la région de leur destination et que le train ne pourra s’y rendre.


  

 

 

L'homme Brouillette reviendra quelques années plus tard, désabusé et révolté face à ce qu'il a vécu là-bas. La photo : des colons de Montbeillard. Suis-je déjà passé par ce lieu ? Oui : j'ai traversé le village. Par contre, lors de mes participations aux salons du livre de l'Abitibi-Témiscamingue. j'ai entretenu de honnes relations avec Diane, responsable de la bibliothèque du lieu, qui m'a raconté que le village entier avait lu Perles et chapelet. J'en étais très heureux.

 

 


Commentaires

 

1. chocoreve  le 02-11-2018 à 17:34:49

Le village entier +1
je viens de commander ce roman ... la famille Tremblay entre peu à peu chez moi ... à force de te lire ici, je suis intriguée ...

2. Marioromans  le 02-11-2018 à 21:33:50  (site)

Commander en usagé ? Je sais que certains de mes romans plus anciens figurent sur des sites de vente internet, mais je ne crois pas que ceci soit mis à jour.
Si ça ne fonctionne pas, tu me le demandes et j'envoie par courriel gratuitement.

3. chocoreve  le 03-11-2018 à 17:15:24

Merci beaucoup pour ta proposition, c'est aimable ...
suis passée sur le site d'amazon, j'attends la livraison.

4. Marioromans  le 03-11-2018 à 18:59:09  (site)

Oui, oui... Je viens de regarder tout ça.... mais je ne crois pas que ces fournisseurs aient réellement ces livres dans leurs entrepôts. Ils datent de près de 20 ans, tout de même.

5. chocoreve  le 11-11-2018 à 15:42:33

Je viens de le recevoir.
En fait il s'agit d'un site qui fait une revente de livres d'occasion par l'intermédiaire d'amazon.
J'ai commencé par faire un nettoyage de la couverture, il semble que les possesseurs du livre devaient fumer !
A suivre ...

6. Marioromans  le 12-11-2018 à 00:22:04  (site)

Vraiment ? Je suis étonné ! Après tout, ce roman a près de 20 ans d'existence.

 
 
 
 

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