Mario Bergeron, romancier du Québec

posté le 13-08-2018 à 22:21:08

Loulou

 

 

Un personnage attachant, apparaissait dans le seconde partie des Fleurs de Lyse, comme contrepartie rock au monde macramé (Baba Cool) du café la Pitoune."Mais vous avez une grande imagination, monsieur Bergeron! Où trouvez-vous vos idées ?" Je jure sur mon honneur que la rencontre entre Clément et Loulou est véritable, que j'avais échangé quelques minutes avec cette fille capotée qui décapsulait les bouteilles de bière avec ses dents. Un exercice que je n'ai jamais pu oublier !

 

Turbulente, criarde, sans-gêne, Loulou ne pensera qu'à transformer la Pitoune en boìte rock, rêvant de casser les disques de folklore pour les remplacer par Led Zeppelin et poursuivra de son mépris le poète raté Nelligan Veillette, le tout à grands renforts de langage joual. En réalité, Loulou annonçait les personnages qui trouveront niche dans mon roman Les Baveux, écrit des années plus tard. Loulou n'apparaît que dans ce roman, mais je crois que je vais la faire revivre dans un projet qui m'attire : un 16e roman de la série Tremblay. Elle sera la mère de mon héros.

 

Dans l'extrait, Clément croit qu'elle a treize ans. En réalité, elle en compte dix-huit.

 

 

 

Le lieu favori de ses souvenirs demeure la plage de l’île Saint-Quentin, à l’embouchure du Saint-Maurice, où il se rendait presque chaque jour avec ses frères et sœurs, ses parents ou Roméo. Le temps a fait des ravages dans ce paradis : le fleuve Saint-Laurent est si pollué qu’on y a interdit la baignade depuis six ans. Les kiosques de musique, les tables à pique-nique, les tourniquets et balançoires sont envahis par les hautes herbes et la rouille. Clément a l’impression qu’on salit son enfance. À la place des joyeuses familles souriantes avec leurs ballons de plage, Clément voit des jeunes désœuvrés qui confondent le chemin ceinturant l’île avec le parcours du Grand Prix de Trois-Rivières, avant de garer leurs bruyantes bagnoles dans le champ, sortir les caisses de bière du coffre arrière et pousser à bout une huit pistes de Led Zeppelin. Ces jeunes sont si différents de ceux de la Pitoune. Des rockers, des vrais de vrais ! Clément entend même un groupe se moquer des « mangeux de graines de la Pitoune ». Il se mêle à cette faune, parcourt l’île dans sa vieille automobile, écoute Jimi Hendrix, comme au beau temps de son séjour en Californie. Il se stationne et sort ses bouteilles de houblon, attend que quelques sangsues viennent le voir pour lui demander s’il a ou s’il veut du hasch. Peut-être pourra-t-il parler de Jimi avec eux.


 

« Viarge ! As-tu d’la biére ? D’la vra’ ? Mes chums, y z’ont jus’ d’la 50 pis d’la biére de vieux.

- J’ai de la Mol.

- Ah, barnaque ! D’la Mol, j’aime ben ça ! Tu m’en donnes-tu une ? »

 

 

 

Cette lilliputienne, couverte de jeans délavés à l’eau de Javel des pieds à la tête, sexy comme une Cadillac 1956, ne doit avoir que treize ans et fait blanchir Clément en décapsulant la bouteille avec ses dents. Elle vide la moitié de la bière en une seule gorgée, s’accoude contre la bagnole et écoute Hendrix, en hochant la tête.

 

 

 « Qu’y’éta’ bon, lui !

- Je l’ai vu en spectacle, en Californie.

- Quoi ? T’as vu Jimi en show ? Baptême que t’es chanceux ! Moé, j’ai tout’ sé’ records pis sé’ posters. Quand y joue l’hym’ national américain, je pisse dans mes bobettes à chaque coup ! »

 

 

Comme elle est belle, cette petite Loulou ! Jolie comme une interdiction, avec ses grands yeux pétillants, ses lèvres charnues incapables de sourire et son nez légèrement prononcé qui lui donne un certain charme étrange. Sans oublier ses petites fesses rondes qui savent si bien faire parler ses jeans. Clément la trouve plus féminine que toutes les filles de la Pitoune réunies. Il va chaque soir à l’île, se gare à la même place, avec ses bouteilles de Molson et une cassette différente de Jimi à chaque occasion. Elle répond sans faute à l’appel du loup, comme une louve en chaleur, mais enrobée de la pudeur de la danse de la conquête.

 

Tags: #rock
 


 
 
posté le 10-08-2018 à 18:01:09

Patate !

 

 

Le patois de Renée "Caractère" Tremblay est Patate! Elle le dira toute sa vie. À l'origine, le mot apparaissait très souvent dans la seconde partie de L'Héritage de Jeanne. En cours de route, j'ai décidé de varier la sauce, mais j'ai continué à utiliser le mot. J'ai alors écrit des variations sur deux bouts de carton et, quand l'écriture informatique du texte a été terminée, j'ajoutais une des variations, en indiquant le numéro de la page. La plupart sont présentes une seule fois. Quelques autres reviennent deux fois, mais j'ai bien fait attention de ne pas répéter ces cas trop près l'un de l'autre. Petit truc technique auquel le lectorat ne doit pas imaginer en lisant le roman. Les gens ont apprécié les Patates de Renée. Un extrait ? Voici !

 

 

« Je travaille, dame !

- Je te parle, vieille patate ! »

 

  Lui qui voulait devenir un grand technicien de la radio, le voilà à faire « guidi guidi » à un vulgaire grille-pain !

         

« Tu comprends, j’ai ce lourd cas sur le cœur : ou je le dis à mon père, ou je continue ma lutte en solitaire. Quand je vois tante Jeanne dans cet état, j’ai l’impression d’être David devant Goliath, sauf que je n’ai même pas de caillou à mettre dans ma fronde.

- Caractère ! Je travaille !

- Patate ! Après tout ce que j’ai fait pour toi ! Ingrat ! Je t’ouvre mon cœur et tu préfères un grille-pain ! »

 

 

Tags: #patois
 


 
 
 

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