Mario Bergeron, romancier du Québec

posté le 06-02-2021 à 06:01:37

Partie 1 : Trois éléments à connaître

 

 

 

La fin de la série de quatre romans Grand-Regard a la particularité de présenter deux finales. Hors contexte, ces finales peuvent paraîtres incompréhensibles. Vous pouvez les lire dans les deux articles suivants. Cependant, pour mieux capter leur richesse (si je puis dire), voici trois éléments comprendre.

 

 

 

GRAND-REGARD ET LA LUMIÈRE

 

 

 

En 1905, une jeune femme de vingt-cinq ans voit descendre du ciel nocturne une étrange lumière, tombant dans une petite forêt située derrière son village. Elle approche et a la surprise de voir une source lumineuse qui semble s'exprimer. Le lendemain, elle retourne près de cette chose étrange, qui se lance contre elle pour comprendre son  langage. La lumière est l'esprit d'un homme d'une lointaine galaxie ayant eu un accident et désirant communiquer avec les siens pour avoir du secours.

 

Au cours d'une dizaine de jours, la femme, Grand-Regard, entretient avec celui qu'elle surnomme Lumière une chaleureuse relation amicale et de respect. L'être est doux, mais poltron, et son attachement pour la Terrienne est teinté d'amour. Le moment du secours approchant, Grand-Regard transporte la lumière vers le coin prévu pour l'arrivée de l'aide, près d'un arbre gigantesque. Voci les adieux entre Grand-Regard et Lumière, contenant des secrets particuliers et dont la femme n'aura conscience qu'au moment de son décès, en 1954.

 

 

 

 

« Vous serez mon éternelle amie. Je vivrai toujours avec votre douce présence dans mon cœur et mon esprit. Je vous aime, Grand-Regard. » Émue, elle fait entrer son visage dans la luminosité, afin de donner un baiser. En sortant, comme cela était arrivé avant, un peu de lumière subsiste un court temps autour de sa main droite. (...) "Nous nous retrouverons. Je le jure. Il y aura toujours un peu de mon esprit, dans cet arbre, qui m’a protégé et que vous avez choisi. Ne l’oubliez pas.  »

 

 

 

 

 

L'ARBRE GÉANT

 

 


 

Grand-Regard n'oublira jamais, mais ne se doutera pas que les paroles de Lumière étaient une prophétie. Peintre, la femme dessine des tableaux jugés alors surréalistes, qui lui procurent une courte gloire. Ces toiles représentaient sa rencontre avec Lumière et divers éléments racontés par l'être, relativement au firmament, aux planètes, dont la sienne.

 

 

 

Quand elle vivait des périodes difficiles, Grand-Regard retournait dans la forêt, près de l'arbre géant, qu'elle touchait avec une grande affection.

 

 

Vers la fin des années 1940, cette petite forêt est en partie sacrifiée, pour faire place à deux parcs, l'un pour les enfants, l'autre pour les adultes. Le grand arbre faisait partie d'un élément à scier, mais un ouvrier confiera au frère de la femme que "cet arbre est ensorcellé", alors qu'Adèle, fille de Grand-Regard dira qu'on ne peut l'abattre.

 

 

 

 

 

ADÈLE

 

 

 

 

Adèle est le cinquième enfant de Grand-Regard. Bébé très émotif, l'enfant parle tardivement et deviendra un phénomène inquiétant pour ses parents. Un médecin affirmera qu'Adèle avait une intelligence rare et que ses gênes parentales étaient particulièrement développées. De ce fait, Adèle estomaque souvent sa mère en révélant des éléments du passé de la femme qu'elle n'avait jamais raconté à son enfant. Adulte, Adèle sera  manipulatrice et arrivera facilement à effacer toute épreuve démoralisante de l'esprit de sa mère. Même dans la quarantaine, Adèle a des réactions de petite fille envers sa mère, entre autres en l'enlaçant avec amour.

 

 

Adèle a écrit son premier roman à douze ans. Elle sera publiée à dix-sept ans, s'infiltrera dans le domaine de la radio, pour des feuilletons, puis de la télévision, le cinéma et le théâtre. Jamais elle ne connaîtra d'échecs. Elle sera aussi une redoutable femme d'affaires. Hors ces exploits sociaux, Adèle ne cesse d'aimer sa mère. Lorsque Grand-Regard atteint cinquante ans, elle est effrayée par l'idée de vieillir et s'enfuit vers l'abre géant, où Adèle la rejoint, pour lui dire ceci.

 

 

 

 

Adèle prend les mains de sa mère. « Il (Lumière) sera toujours présent car il n’a pas quitté ton âme. Tu auras toujours l’âge de ces instants. Le jour où tu partiras, tu verras la lumière pour l’éternité. À mon tour, bien plus tard, quand mon moment sera venu, je verrai aussi cette lumière et nous serons alors ensemble à jamais. »

 



 

Adèle ne prédit pas ainsi sa propre mort ni celle de sa mère : elle le sait. Pourquoi ? Cet immense secret sera révélé dans l'article 3, par la pensée de la femme, au moment de son trépas.


 

 

****

 

 

Créer des romans, c'est aussi faire appel à l'imagination et ne surtoiut pas suivre les sentiers battus, qui sont les boulevards des maisons d'édition.

Ah, et pour les beaux yeux de la photo, ce sont ceux de la comédienne Jobyna Ralston, partenaire du comique Harold Lloyd, dans le film Hot Water, de 1924.

 


 
 
posté le 05-02-2021 à 04:53:13

Partie 2 : Le crépuscule de Grand-Regard

 

 

Le premier tome de la série Grand-Regard débute par sa naissance, puis le dernier se termine par son décès. Cependant, ce moment peut paraître incompréhensible en ne connaissant pas certaines données des quatres fictions, particulièrement la seconde, Grand-Regard et la Lumière. Quoi qu'il en soit, dans la partie 1 de ces trois articles, je présente les éléments logiques menant vers cette finale. L'extrait est un peu long, et c'est pourquoi j'ai omis des passages, représentés par (...).

 

 


Un certain samedi, alors que Madeleine s’est mise au lit tôt et qu’Adèle l’a suivie, afin que le calme se répande partout dans la maison, Adèle se redresse, entrouvre la bouche. « Trois heures… Oui… Ce qui est convenu… Je le ferai… » La romancière se tire promptement de ses couvertures, passe dans la chambre de sa mère, dormant profondément, la bouche ouverte. Adèle lui caresse le front, puis descend rapidement à la cuisine, se verse un verre d’eau, retourne à sa chambre pour se vêtir chaudement, puis s’installe au salon, serrant les poings, avant de bondir hors de la maison.         

 

(...) 


Il n’est pas trois heures quand une plainte provient de la chambre de Madeleine. Adèle se redresse, court vers l’escalier, puis voit sa mère droite dans le lit, hors de souffle. « Je vais mourir, Adèle! Je le sais! J’ai mal partout! Je dois me rendre près de l’arbre géant! Aide-moi, mon amour de fille! »     (...)     Tout de suite, la romancière prend les mains de sa mère, la tire du lit. « L’arbre, Adèle… L’arbre… »



En sortant de la maison, il n’y a plus de ronronnement, comme si le village entier était disparu. Elle soutient Grand-Regard sur le trottoir de la rue des Pêcheurs, où tout semble évaporé. « Il ne mentait pas », de penser Adèle. La distance demeure cependant quelque peu lointaine. « Si tu ne te calmes pas, maman, nous ne serons pas là à temps. Je t’en supplie, ne fais pas d’efforts pour parler. Tout ce que tu peux me dire, je le sais depuis… depuis… Un effort, maman. »

 

(...)

 

Enfin sur place, Madeleine se défait de sa fille et court vers le géant, bras en croix, l’enlace et, aussitôt, une vive lumière remplace l’écorce et entoure Grand-Regard. « Touche-moi, Adèle! Vite, touche-moi! » La femme obéit, recule en voyant que cette luminosité se répand sur ses mains, ses bras, jusqu’à son cou, mais cesse immédiatement quand Grand-Regard s’effondre au sol. La lumière est disparue de l’arbre. Adèle prend sa mère par les bras pour l’éloigner, constate que le visage de Madeleine est celui de ses vingt-cinq ans. Cependant, quand le phénomène se retire du corps de la défunte, la pauvre a de nouveau soixante-quatorze ans, mais le visage inerte a gardé le sourire de sa vingtaine.        

 

 

Adèle recule, regarde le ciel noir sans pouvoir s’arrêter, avant de sursauter en réalisant qu’elle a peu de temps pour transporter le corps vers la maison. En approchant du lieu, elle entend une automobile passer dans la rue, presse le pas avec sa mère entre les bras, puis, enfin à destination, la dépose sur le lit. Elle caresse son visage,  miaule « Maman… Maman, je t’aime tant… J’ai fait ce qui a été demandé, mais en cet instant, je redeviens ta petite fille et je pleure ton nom. » 

 

(...)       

Le soleil va se lever. « Ceci ne m’a jamais impressionné,  mais je sais que maman adorait, ainsi que le coucher de l’astre. Le crépuscule. Le repos du soleil, puis le règne de la lune.  (...)   Café ? Comme maman… Je vais enfiler un chandail pour le boire sur le perron. »  

 

(...)       

 

 

Puis soudain, elle voit accourir Marie-Jeanne, excitée. Adèle aurait préféré quelqu’un de sa famille, mais cette femme aimait Grand-Regard avec passion. « Tu ne sais pas ce qui est arrivé, mam’zelle Adèle! L’arbre géant, qu’on voyait du boulevard, eh bien… disparu! Volatilisé! Les policiers se sont pressés là-bas et les gens, estomaqués, sont réunis pour regarder. Un arbre si gigantesque ne disparaît pas ainsi et… Tu n’écoutes pas, mam’zelle Adèle ? Je… » La femme donne un coup de tête vers l’intérieur et l’autre comprend tout de suite, entre en criant : « Mam’zelle Grand-Regard ! Mam’zelle Grand-Regard! »        

 

Adèle dépose sa tasse, monte lentement pour trouver la femme agenouillée devant le lit de la disparue, pleurant sans pouvoir s’arrêter, comme si toutes les souffrances de l’univers se manifestaient en son cœur. La romancière la prend par les épaules, l’invite à ne pas s’attarder, lui demande de garder la maison, pendant qu’elle se pressera pour réveiller Conrad.         

« C’est peut-être tant mieux et… Je m’excuse de dire une telle chose, mais tu sais sans doute qu’on prétend qu’elle sera maintenant heureuse pour l’éternité. »  Voilà ce qu’il fallait dire à Adèle. « Marie-Jeanne, tu ne peux comprendre jusqu’à quel point elle sera heureuse pour l’éternité. Non, tu ne peux pas… »




 

Mais à qui donc s'adresse Adèle ? Pourquoi dit-elle la parole finale à Marie-Jeanne ? Pourquoi Grand-Rergard, agonisante, réclame l'arbre géant avec insistance ?  Les réponses sont dans la partie 1 des trois articles et s'éclairent davantage avec la partie suivante, indiquant qu'Adèle était une femme profondément, mais vraiment profondément différente...

 


Commentaires

 

1. maxie  le 05-02-2021 à 06:41:32  (site)

Je suis éblouie devant un tel talent... moi qui suis incapable d'aligner deux lignes correctement
Bravo mon ami, vous avez de l'avenir en ce domaine.
Bonne journée Mario

2. Marioromans  le 05-02-2021 à 07:19:34  (site)

Ah, merci. C'est d'ailleurs pourquoi les romans de cette série ont été refusés par des éditeurs une dizaine de fois.

Il faut cependant lire l'article suivant pour mieux comprendre celui-ci. Dans quelques jours, je vais écrire la présentation, qui permettra de comprendre l'arbre géant et aussi la lumière qui enrobe mon personnage lors de son trépas.

 
 
 
 

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