Mario Bergeron, romancier du Québec

posté le 27-03-2018 à 21:58:26

Les bibliothèques de l'Abitibi

 

 

En Abitibi-Témiscamingue, il y a une bibllothèque dans tous les villages. Le salon du livre annuel devient, pour les responsables, une occasion idéale pour faire leurs achats annuels. Alors, la direction des salons met à leur disposition des paniers, comme on en voit dans les supermarchés. Alors, les personnes remplissent leur panier de livres. C'est le seul lieu où un salon offre ce service.

Les journées pour les bibliothèques sont les jeudi et vendredi. Pour les auteurs, c'est une occasion unique de faire de bonnes ventes. Il suffit de présenter le plus récent roman et les responsables hésitent peu, surtout quand l'auteur dédicace son bouquin à la population du village.

Au moment où j'ai participé sept fois consécutives au salon de cette région, avant mon départ, je faisais une tournée internet du réseau des bibliothèques publiques de l'A-T et je prenais en note le nom de la localité et les titres des romans qu'ils avaient. Quand une femme demandait à sa voisine : "Est-ce qu'on en a, de lui?", je demandais le nom de leur localité et je pouvais leur dire illico lesquels de mes romans il y avait sur leurs tablettes. Quand on voyait approcher un panier, c'était gage de ventes. Surtout pour les paniers peu remplis!

Ce n'était pas le cas de celui que l'on voit sur la photo... C'était en 2010, à Val d'Or.

Ci-bas : mon guide pour les bibliothèques. Dans ce cas, à Amos, en 2004. Il y a le nom du lieu, puis les chiffres indiquent les tomes de mes romans de la série Tremblay. Par exemple, tout en bas, on voit Ville-Marie, possédant 1, 4 et 5. Si une personne de cette localité se présentait, je pouvais lui répondre : "Il vous manque les tomes 2 et 3.

 

Tags: #abitibi
 


 
 
posté le 26-03-2018 à 05:23:32

L'imagination de Martin

 

 

Contes d'asphalte (Années 1950) fait partie des romans dont je me montre très fier, depuis toutes ces années. La seconde partie se concentre sur un petit-fils de Roméo Tremblay : Martin. Celui-ci admire son grand-père et il va de soi que l'homme adore l'enfant. Pourquoi ? Les deux ont beaucoup d'imagination. Les chapitres sont thématiques et suivent un schéma pareil. Ils se terminent par un conte narré par Roméo, sur le thème choisi. Ils débutent par une histoire que se raconte Martin, avec tout autant d'imagination et de drôlerie. Dans l'extrait que je vous propose, Martin devient un explorateur de l'époque de la Nouvelle-France. Voici !

 

Mon épée dans une main, ma hache dans l’autre, je m’agenouille humblement devant le roi Jean Talon et lui promets de faire les plus grandes découvertes en son nom, d’évangéliser les Indiens, de rapporter dans mon canot d’écorce trois tonnes de peaux de castor. « Sire, je m’en vais de ce pas découvrir la Saskatchewan. » Son Altesse Jean Talon, ravie, pose sa main souveraine sur ma perruque blanche et me souhaite bonne chance. 

Mon équipe est prête depuis longtemps. À mes côtés, les valeureux aventuriers Richard, Daniel et Junior, ainsi que sœur Yvette, une jésuite courageuse qui convertira les Peaux-Rouges à notre sainte religion. Nos canots sont remplis de l’essentiel : fusils, poudre, outils, cordages, couteaux, biscuits secs, eau fraîche et tablettes de chocolat. Je porte mon chapeau de castor Davy Croquette, des bottes étanches, des sous-vêtements chauds et le beau gilet vert et rouge que ma grand-maman Céline m’a tricoté. Nous avons avec nous quelques bons Indiens pacifiques, dirigés par leur chef Grand Therrien, un guide expert des régions inconnues. Nous, les Français canadiens, devons beaucoup à ces valeureux guerriers. Ils connaissent les forêts, les plantes médicinales, les pistes d’animaux, les racines comestibles et les ingénieux canots d’écorce. Mais leur apport primordial à notre culture est la tartine au sirop d’érable.         

Comme la nature canadienne est belle et chatoyante ! En sortant de Montréal, nous tournons à droite, puis à gauche, puis à droite après le dernier village. Et nous voilà dans l’inconnu ! Nous pagayons en chantant gaiement : Envoyons d’l’avant nos gens, envoyons d’l’avant ! Ou encore : Quand la radio joue cet air-là, je me souviens d’un certain sourire ! Le chef Grand Therrien fait son intéressant en nommant tous les arbres. Sœur Yvette prend tout en note pour son futur traité de botanique. Parfois, nous nous arrêtons pour allumer un feu et cuire nos œufs, pour faire le point sur notre aventure. Mon compagnon Junior trace une carte de nos découvertes et Richard chasse quelques castors, pour passer le temps. Après plusieurs jours, le long des grands lacs, nous arrivons à un lac plus haut, que je baptise, au nom du roi, Lac Supérieur, pour le distinguer de celui découvert la veille et que j’ai nommé Lac Inférieur. Nous devons maintenant faire du portage. Après un mois, l’esprit d’équipe est toujours solide et nous chantons gaiement Vive la Canadienne, vole mon cœur vole... etc.         

Soudain, nous sentons des feuillages bouger. Nous voilà surveillés ! Bien sûr, nous sommes de braves coureurs des bois remplis de paix et désireux de donner des signes de notre bonne volonté. Nous devons quand même demeurer sur nos gardes, car les tribus indiennes, ne connaissant pas les bienfaits de la civilisation trifluvienne, se montrent parfois hostiles aux visages pâles, comme nous l’ont appris nos Saints Martyrs canadiens massacrés par ces indigènes.         

Les voici surgissant des broussailles ! Oh, quel peuple primitif ! Pieds nus, vêtus de pagnes, une raie de cheveux au milieu du crâne, des plumes autour du cou, sans oublier leurs terribles arcs et flèches. Je m’avance vers celui qui semble être leur chef et dis en souriant : « Bonjour ! Je suis Martin Comeau, explorateur et coureur des bois au nom du roi Jean Talon. Nous allons à la découverte de la Saskatchewan. Avez-vous des peaux de castor à nous échanger ? On a des beaux colliers de pop-corn à vous donner en retour. On vient aussi vous convertir au petit Jésus. Vous verrez, Jésus est très bon, surtout dans le temps des fêtes ! »          Évidemment, le chef demeure de marbre, n’ayant rien compris à mon explication. Grand Therrien s’avance et fait des signes d’amitié avant de leur parler dans leur dialecte. « Visage pâle Comeau, ce sont des guerriers de la terrifiante tribu Gladu. Ils ne veulent pas de vos affaires et nous donnent une minute pour déguerpir de leur territoire sacré, sinon couic ! » La tribu des Gladu ! J’ai beaucoup entendu parler de ce peuple inconnu. Ils ont la réputation d’être hypocrites et de ne pas tenir leur parole. Très à propos, ils nous attaquent après trente secondes, après nous avoir accordé une minute ! Quelle lâcheté ! Pas le temps de charger mon fusil à eau ! Me voilà prisonnier, alors que se sauvent à toutes jambes Richard, Daniel et sœur Yvette. « Ne vous inquiétez pas, sieur Comeau ! Nous retournons aux Trois-Rivières chercher du renfort ! » Pourvu qu’ils fassent vite…         

Grand Therrien, mon compagnon Junior et moi-même sommes attachés à des poteaux et assistons à la danse de torture des Gladu. Je prie Jésus, pense à Sa Majesté et à mes bons parents, en essayant de ne pas songer aux supplices qui me guettent. Ils vont nous arracher les ongles, nous brûler les yeux, nous percer la peau, nous faire subir la bastonnade, nous lapider et, surtout, ils vont mettre des pétards à mèche au bout de mes chaussures.

 

Tags: #enfant
 


Commentaires

 

1. Maritxan  le 26-03-2018 à 12:48:24  (site)

Tes textes sont toujours très intéressants et agréables à lire. Les personnages sont bien décrits et attachants. Tous les ingrédients d'un bon roman sont là (je ne parle pas uniquement de celui-ci, mais de tous ceux que tu présentes ici).Sourire1

2. MarioMusique  le 26-03-2018 à 19:07:11  (site)

Merci ! Les gens ont beaucoup aimé ce livre. IL a été publié lors de ma période intense des salons du livre et j'avais souvent des réactions de la part des visiteurs. Martin, c'était une idéalisation de ma propre enfance.

 
 
 
posté le 24-03-2018 à 21:08:09

La série Tremblay

 

Je parle souvent de la série Tremblay. Qu'est-ce que c'est ? En 1993, j'ai écrit un roman intitulé Entre deux enfers, à propos d'un jeune homme, Roméo Tremblay, entre l'incendie de Trois-Rivières, en 1908, et sa participation à la guerre 14-18. J'avais décidé de poursuivre avec un livre concentré sur Jeanne, soeur de Roméo. C'est alors que j'avais décidé de décrire le 20e siècle de la famille de Roméo, qui sera centenaire. Alors, j'avais élaboré les plans et grandes lignes d'autres romans.

En 1997, tout ceci intéresse l'éditeur JCL, me promettant de publier la série entière. Pour nous résumer à six livres, chacun des volumes contiendra deux romans. Au moment où le premier tome a été publié (Printemps 1998), les six livres étaient rédigés, minus quelques ajouts. C'est alors que j'ai décidé d'aller plus loin : remonter l'arbre généaologique jusqu'à la Nouvelle-France.

Ce qu'il y a ci-haut faisait partie d'un courriel de l'été 1998 destiné à l'éditeur, où je lui mentionnais le projet. J'y cite cinq livres, alors qu'en réalité, un roman de plus sera écrit. L'éditeur n'avait pas réagi à cette annonce. Quant à l'idée d'une série pour la jeunesse, elle ne sera jamais mise en chantier.

Les six livres publiés par JCL se concentraient sur le 20e siècle de Roméo : Le Petit Train du bonheur, Perles et chapelet, L'héritage de Jeanne, Contes d'asphalte, Les fleurs de Lyse, Des trésors pour Marie-Lou.

Le second message, ci-bas, date de l'été 1999, alors que je signale à JCL que j'ai commencé la création des livres 'à rebours' avec Le Pain de Guillaume. Les six livres seront terminés en 2004. Seulement deux de ces six romans seront publiés : Ce sera formidable (2009) et Le pain de Guillaume (2016). Les quatre autres sont toujours dans les limbes.

Et ce n'est pas tout! J'ai, à ce jour, ajouté trois autres romans dits parallèles, mettant en vedette un personnage de la série dans un autre contexte. Un seul de ces textes sera publié : Gros-Nez le quêteux.

Bref, il y a quinze romans qui ont été créés, racontant l'arbre généalogique d'une seule famille, mais aussi, en fond de décor, l'histoire de Trois-Rivières, puis du Québec de la Nouvelle-France à l'an 2000.

Je n'ai jamais croisé une série semblable sur le marché et je crois toujours que c'est un accomplissement gigantesque, mais dont personne ne veut. Je continue cependant à y croire et mes recherches pour un éditeur, en dents de scie, passent toujours par les quatre romans de la série se déroulant aux 18e et 19e siècles. La série Tremblay est un des grands accomplissements de ma vie, mais j'aurais tant souhaité une publication entière et une certaine popularité, qui n'est jamais venue. 

Les titres des romans "à rebours" sont : Le pain de Guillaume, Les secrets bien gardés, Madame Antoine, La splendeur des affreux, En attendant Joseph, Ce sera formidable.

Les titres des trois romans parallèles : Gros-Nez le quêteux, Le destin de Jeanne, Le cochon de Bérangère.

 

 

L'extrait : le début du Pain de Guillaume, alors que le jeune Guilaume, de l'île de France, s'embarque vers le Nouveau-Monde.

 

 

 

 

         Guillaume Tremblay sent son estomac se contracter et les membres de son corps fondre. Il s’écroule et vomit, avant de s’évanouir en un râle mortuaire, sans avoir eu le temps de remercier Dieu pour ses seize années de vie. Un mousse, de mauvaise humeur, nettoie le dégât tout en insultant le corps inerte de Guillaume. Il le ranime en passant sur son visage le chiffon imbibé de ses vomissures.

         Guillaume se demande où il se trouve, avant de se rendre compte que son cauchemar, entrepris il y a déjà six semaines, se poursuit sans cesse au rythme étourdissant des vagues frappant le vaisseau. Il tangue, ses voiles claquent, le soleil impitoyable frappe le pont. Des marins entourent le mousse et s’amusent autant que lui de la faiblesse de ce peureux. D’ailleurs, depuis le départ, l’équipage n’a pas hésité longtemps avant de l’affubler du sobriquet «dit le Poltron», comme une particule de noblesse au bout de son nom de Tremblay, qui déjà, à lui seul, évoque le tremblement d’un homme sans courage.

         Un lieutenant de bord disperse les matelots en les qualifiant de fainéants. Du bout de sa chaussure, il pique les côtes de Guillaume, qui réclame à voix éteinte la présence d’un prêtre et d’un chirurgien. L’homme empoigne Guillaume par le cou et lui maugrée son mépris dans un patois qu’il n’arrive pas à comprendre. Il le lève du sol et le pousse vers un mat, où le jeune homme s’accroche en implorant la miséricorde du Tout-Puissant. Le lieutenant le fait fuir en approchant d’un pas très décidé.

         Guillaume rejoint sa couche, dans la Sainte-barbe, où il se cogne contre tout. L’odeur d’urine et de vomissure lui donne un haut de cœur, alors qu’il pose sa tête sur son traversin humecté d’eau salée et des sueurs de son propre désespoir. Il voit des poux jouer à saute-mouton à quelques pas de ses yeux, se redresse aussitôt et se frappe le crâne contre le bois de la couchette supérieure. Deux hommes entrent en riant fort des histoires drôles qu’ils se racontent. Ils louchent méchamment vers Guillaume, comme s’il était un intrus morose dans leur joie. Ils sont fatigués des plaintes de ce jeune homme, de ses hurlements nocturnes, de ses prières incessantes et de la peur de ce gaillard pourtant costaud, alors que la plupart d’entre eux paraissent plus petits et moins musclés. Sentant leur mépris, Guillaume fait semblant que tout va bien. Tout ceci devient tellement embarrassant! Même les rares femmes de la traversée rient en douce de sa faiblesse, lui dont le physique pourrait attirer leur chaste admiration.

         En retournant sur le pont, Guillaume est accueilli par les sifflements moqueurs de deux mousses : «Guillaume Tremblay, dit le Poltron! Guillaume Tremblay, dit le Poltron!» Le jeune homme ignore leurs railleries. Après avoir avalé sa salive, il approche du rebord du navire pour regarder courageusement droit devant lui. L’horizon est le même, sans cesse pareil depuis toutes ces semaines. Parfois, la mer s’immobilise et le Saint-Jacques y semble cloué. Il n’y a pas longtemps, le navire était demeuré sur place pendant trois jours, alors que les voiles refusaient de bouger et que le soleil accablait tout le monde. Les matelots communiquaient facilement à voix normale avec leurs confrères des trois autres vaisseaux de la traversée, comme s’ils ne formaient qu’un seul bâtiment. Guillaume se souvient surtout que la mer s’était déchaînée après cette accalmie insupportable. Les vents diaboliques avaient éloigné les quatre navires l’un de l’autre et les vagues pénétraient facilement jusqu’à sa couchette. Chacun n’a pu oublier ces tourments, accentués par les cris insupportables du poltron.

 

Tags: #tremblay
 


 
 
posté le 22-03-2018 à 07:06:15

Émotion maternelle

 

 

Il arrive que j'écrive des scènes de roman qui me remuent les tripes. Aux relectures, je me demande si c'est bien moi qui ai écrit une telle chose. C'est le cas de l'extrait que je vous présente.

Nous sommes autour de 1762, dans une Nouvelle-France conquise par les Anglais. La société de l'époque était avant tout paysanne. L'été devenait le moment pour savoir si les gens allaient manger pendant l'hiver. Pas d'insectiside, à l'époque ! Alors, il y avait un risque de voir des insectes ravager les champs. La chaleur estivale était considérée comme une épreuve, alors que l'hiver devenait un moment de repos et de sociabilité. Cependant, au cours de ces deux saisons, les enfants risquaient de trépasser, que ce soit par la chaleur ou par le froid.

Mon personnage Vitaline voit Marie, sa fille aînée adorée, en danger de mort, au cours d'une canicule qui n'en finit plus. On lui recommande de garder la malade au chaud, mais Vitaline fait le contraire, dans une scène émouvante d'amour maternel. Vous verrez.

Le titre du roman : Madame Antoine, toujours inédit, mais qu'un éditeur voulait publier en deux parties. J'ai refusé.

 

De retour chez elle, la maison ressemble à une église obscure surchauffée, alors qu'une dizaine de femmes sont réunies pour les prières. Vitaline ne pense pas à la bonté de leur geste et, telle un animal femelle, s'empare de son enfant pour la transporter en courant par les rues du bourg. Les gens, effrayés, s'éloignent de la source du mal, alors que Vitaline presse le pas, en pleurant, jusqu'à la berge du fleuve Saint-Laurent. Elle tient Marie contre son corps, la berce, enduit son visage d'eau, regarde le ciel en criant : "C'est l'été et sa chaleur qui la tue! L'été détruit tout! Marie a besoin de fraîcheur et pas de toute cette chaleur! Dieu, mon Maître, ayez pitié de votre pauvre servante qui a tant souffert pour vous plaire! Faites tomber la pluie! Faites gronder le vent pour que je garde près de moi celle qui est plus que mon sang!" La population, affolée, n'a jamais entendu tel désespoir. Ces gens deviennent encore plus consternés quand ils voient Vitaline s'enfoncer dans l'eau en répétant sa litanie. Un homme va vite la rejoindre pour la calmer, la raisonner. La femme s'en débarasse d'un coup de tête et refuse de bouger. Une heure plus tard, les militaires anglais s'en mêlent et ce que Vitaline leur crie, dans leur langue, provoque leur colère. La pauvre est traînée de force jusque chez elle. Marie, le visage rougi, râle comme si son dernier moment de vie était venu.

Au début de la nuit, Vitaline retourne sur le bord du fleuve avec la fillette, alors qu'une légère brise accompagne la noirceur. Elle berce, berce sans cesse Marie, en ne pouvant arrêter de pleurer. Elle prie Dieu, l'implore de laisser l'enfant vivre et de la prendre à sa place. Les militaires de garde, au loin, examinent, muets, l'inquiétant spectacle du désespoir de cette mère. Leurs compères de l'après-midi leur ont fait part des insultes de Vitaline, mais ils n'en tiennent pas compte, sachant que cette femme est prise d'une émotion incontrôlable. Ils l'invitent sagement à retourner sous son toit. Farouche, Vitaline les chasse par de vifs gestes de la tête et des épaules. Ils s'éloignent, avant de revenir avec des miches de pain, comme s'ils voulaient attirer une bête blessée.

La fatigue et le sommeil n'ont pas raison de Vitaline, alors que Marie dort paisiblement, la tête contre sa poitrine. (...) Au matin, les habitants viennent voir l'étonnante démonstration, mais l'Acadienne les ignore. Sa fille entre les bras, elle marche rapidement, comme pour créer du vent afin de la rafraîchir. (...) Peu après, Antoinette, Anne, le petit Antoine et Pierre-Antoine accompagnent leur mère sur le bord du fleuve. Sans cesse, ils épongent le front de Marie avec de l'eau froide.

 

 

Vous voulez savoir? L'enfant va survivre.

Tags: #enfants
 


Commentaires

 

1. jakin  le 22-03-2018 à 08:37:08  (site)

Beau texte, la narration est inclusive, la description nous fait vivre la scène sur les berges du fleuve....

2. MarioMusique  le 22-03-2018 à 18:08:28  (site)

Tu sais, chaque fois que je passe près du St-Laurent dans l'ancienne partie de la ville, je pense à Vitaline dans l'eau avec sa fille entre les bras. N'oublons pas qie pour les gens de ce temps, l'eau ne faisait pas partie de leur hygiène, d'où l'idée de guérir l'enfant avec de la chaleur, pour provoquer des sueurs et évacuer la maladie du corps.

3. Maritxan  le 24-03-2018 à 13:20:34  (site)

Belle inspiration... l'émotion est palpable.
Merci d'avoir ajouté la suite de la scène en fin de texte, c'est sympa ! Clin doeil1.
Bonne journée et bon dimanche !
@+

4. MarioB  le 24-03-2018 à 19:13:55  (site)

J'espérais bien que tu lirais ceci.

 
 
 
posté le 21-03-2018 à 20:04:39

De la fiction à la réalité

 

 

Dans mon roman Perles et chapelet, mon personnage Louise, au début de la quarantaine, décide d'accomplir son rêve d'enfance : devenir maîtresse d'école. Pour suivre le cours nécessaire à l'obtention du diplôme, elle doit s'inscrire à l'école normale des Ursulines et côtoyer des adolescentes, ce qui la rend mal à l'aise.

Pour préparer ces séquences, je m'étais rendu aux archives des religieuses, me prêtant le guide de l'année scolaire désignée (au milieu des années 1930) contenant les règlements, les matières au programme, et j'ai aussi eu droit à un type de cahier où les activités des élèves étaient répertoriées.

J'y croisais souvent le nom d'une jeune  du nom de Claire Bélisle, fille d'un médecin de Trois-Rivières. Il semble que cette Claire était partout : dans les pièces de théâtre, pour souhaiter la bienvenue à un visiteur, pour décorer une salle, sans oublier qu'elle était une étudiante exemplaire. J'avais alors pensé que cette fille pourrait devenir amie avec Louise et rendre son séjour à l'école Normale plus agréable.

En 2000, au salon du livre de Trois-Rivières, une dame âgée s'avance vers moi, le visage ému, pour me demander : "Comment pouvez-vous avoir connu ma grande soeur Claire Bélisle? Vous êtes trop jeune! Vous la décrivez telle qu'elle était. J'ai pleuré, monsieur Bergeron!" Le lendemain, elle se présente encore pour me donner une photocopie d'une photo de sa soeur, que vous pouvez voir ci-haut. Claire Bélisle a, en effet, exercé le métier d'enseignante, mais est décédée au début des années 1950.

Ce n'était pas la première fois qu'une telle chose se produisait. Un peu plus tôt, une autre femme âgée était approchée pour me confier sa surprise de voir son grand-père, Napoléon Lamy, dans le roman Petit Train.

Voici un extrait de Perles et chapelet, la rencontre entre Louise et Claire .

 

Louise déguste sa soupe et son sandwiche, regardant sans cesse l’horloge, de peur d’être en retard. Par ce geste, mademoiselle laisse croire à Honoré et à Joseph qu’elle est pressée de retourner là-bas. En réalité, elle voudrait demeurer parmi les siens. Hier, elle a eu un mal fou à s’endormir en pensant à sa chambre, à sa maison, à son restaurant. De retour à l’école, Louise demeure dans son coin, indifférente aux conversations de ses consœurs de classe. Elle voit approcher une jeune fille au visage maigre, craint que celle-ci ne lui parle aussi de Jeanne.


« C’est admirable de retourner à l’école à votre âge.

- Un vieux rêve de jeunesse que mon frère a fait ressortir. Ce n’est qu’un essai.

- Je suis certaine que vous allez réussir et que vous serez un exemple pour les autres normaliennes. Je trouve votre décision édifiante. Je me nomme Claire Bélisle, je suis la fille du docteur Oscar Bélisle. Moi aussi, je suis externe à l’heure du dîner. Je demeure rue Bureau.

- Vraiment? J’y ai grandi, vous savez. C’était bien avant votre naissance.

- Nous pourrions dîner ensemble et faire davantage connaissance. J’en suis à ma deuxième année. C’est mon devoir de bonne catholique d’aider les nouvelles, et vous me paraissez un peu à part, mal à l’aise. La vie à l’École normale est sévère, mais nous avons besoin de ce climat pour notre futur métier. Ma sœur Yvonne a terminé il y a deux ans et elle admet que le régime de vie de notre école lui sert beaucoup dans sa façon d’enseigner aux enfants. Je prends exemple sur elle. »

Tags: #École
 


Commentaires

 

1. Maritxan  le 21-03-2018 à 21:00:06  (site)

Encore une histoire attachante... Merci Mario de nous faire partager ta passion pour l'écriture.
@+

2. Marioromans  le 21-03-2018 à 22:44:21  (site)

Louise terminera son cours à l'école Normale, mais décidera de devenir religieuse, scandalisant ainsi son frère et son fiancé.

Merci pour cette visite!

Le prochain extrait sera très émouvant...

 
 
 
 

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